Stéphanie est une nouvelle maman de 33 ans qui a accouché en Biélorussie… c’est un petit pays assez peu connu et vétuste à bien des égards. Pourtant, malgré quelques appréhensions au début, Stéphanie garde un excellent souvenir de son accouchement dans le pays.

Attention : nous utilisons beaucoup le champ lexical du bonheur dans cet article !

Après avoir vécu de très belles années en Normandie épanouis en couple, sans ressentir le moindre besoin d’avoir un enfant, Stéphanie et Simon commençaient à avoir envie d’autre chose. Avec le travail de Simon, ils avaient la possibilité de demander une mutation à l’étranger. C’est comme cela que Simon est un jour rentré avec une offre de poste de gendarme en Biélorussie.

Biélo…quoi ?

Stéphanie me présente rapidement son nouveau pays. La Biélorussie, pour faire simple, est l’une des dernières dictatures d’Europe. Ce n’est pas un pays pauvre, mais ce n’est pas rare de voir des gens qui se véhiculent en charrette avec des chevaux.

C’est assez important de connaître le contexte pour comprendre l’état d’esprit de Stéphanie et Simon lorsqu’ils lancent le projet bébé.

Ce n’est pas eux qui ont choisi la Biélorussie. Ils ne connaisaient pas du tout ce pays, donc la première chose qu’ils on fait a été de chercher sur internet. Le pays n’était pas très riche, mais comme ils allaient déménager dans un cadre professionnel,  ils auraient la sécurité de l’emploi et une certaine sécurité financière, ce qui leur donnerait accès au meilleur de la Biélorussie.  Stéphanie a quitté son poste en France à la protection des plages, métier qu’elle aimait pourtant beaucoup, pour suivre son mari vivre une nouvelle aventure à deux

Le déclic pour bébé

En Biélorussie, Stéphanie ne travaillait pas, c’était la première fois depuis longtemps qu’elle avait vraiment du temps pour elle et pour son couple. La routine ayant changé, tout à coup, après 13 ans de vie commune et deux ans en Biélorussie, Stéphanie et Simon ont comme un déclic en même temps : il y a de la place chez eux pour un enfant.

La décision d’arrêter la contraception est prise rapidement. Avoir un bébé, ce n’avait jamais été un but en soi, et ils seraient aussi très heureux sans, donc ils ne se mettent pas la pression. Rapidement (en moins de six mois), le test de grossesse revient positif. Une surprise magnifique pour les amoureux !

Confirmation de la grossesse

Attention, il ne faudrait pas se réjouir trop vite ! Et si c’était un faux positif ? De nature prudente, Stéphanie veut faire une prise de sang. Elle a les résultats dans la journée ! Super, quelle émotion ! La dame lui tend le papier, et elle voit alors… qu’il y a des chiffres et des lettres et qu’elle n’y comprend rien du tout. Eh oui, elle ne parle pas russe !

Elle rentre chez elle, pas plus avancée… Simon lui demande le résultat (Alors alors ?). Finalement, en cherchant quelques mots sur le traducteur automatique, ils en concluent qu’elle est vraiment enceinte. Cette fois, c’est officiel.

Accoucher en Biélorussie, heu chéri tu es sûr ?

Pour le coup, tomber enceinte a été la partie facile (la chance !). Mais accoucher en Biélorussie, cela avait quand même quelque chose d’inquiétant pour deux raisons.

D’abord, les futurs parents ne parlaient pas la langue. Comment allaient-ils gérer toutes les consultations, la paperasse, les achats, sans comprendre ce qu’on leur disait ?  Ensuite, la Biélorussie n’était pas un pays très moderne. Sans être non plus archaïques, les bâtiments avaient l’air vieux, plus vieux qu’en france en tout cas, et ça faisait peur. Etait-ce vraiment le bon endroit pour accoucher ?

Et pourquoi pas ?

Ils auraient donc besoin d’un interprète. Ce n’est pas forcément facile de parler de choses intimes avec une tierce personne, mais finalement, ils trouvent une petite mamie très gentille sincèrement heureuse de les accompagner.

Stéphanie et Simon commencent à chercher une maternité dans laquelle Stéphanie se sent bien avec des médecins compétents. Ils sont d’accord que si ça ne va pas, Stéphanie rentrera en france pour accoucher.

En Biélorussie, il y a la possibilité de visiter les chambres et rencontrer les médecins. Elle voit donc d’abord des choses qu’elle ne veut absolument pas, comme des pièces froides et des salles d’accouchement collectives (où plusieurs femmes accouchent en même temps) et même des médecins pas toujours très rassurants.

Et puis ils découvrent cette maternité qui propose une aile VIP. Elle avait été construite pour une athlète biélorusse qui voulait absolument une maternité de qualité. Elle a 4-5 chambres au top avec un grand lit pour que le papa reste avec maman et bébé, une cuisine et son frigo pour préparer à manger et se sentir comme chez soi. Même la salle d’accouchement est moderne.

« Oui, cela peut sembler bizarre de vouloir de la modernité, on peut penser qu’on n’en a pas besoin pour un accouchement », me dit Stéphanie. Mais elle avait vu certains lits tout plats avec juste un tapis dessus. Même si les mamans en Biélorussie ne sont pas forcément traumatisées, cela lui donnait à elle l’impression qu’elle aurait dû accoucher dans la paille.  Bof, on est d’accord.

Dans cette clinique, il y a aussi la possibilité de choisir une gynécologue qui les suivra jusqu’à la fin. A partir du deuxième trimestre, elle a son numéro de portable privé et peut l’appeler à n’importe quel moment. Elle sait donc quelle gynécologue va l’accoucher, et cela, c’est rassurant (en plus, elle parle un peu anglais).

Tout simplement, cette maternité lui plait d’un point de vue visuel, elle ressent de bonnes choses et s’y sent en confiance. Ils décident alors de finir la grossesse en Biélorussie.

Le suivi en Biélorussie

Ils sont suivis dans une polyclinique biélorusse très vétuste et très mal éclairée. Heureusement, les équipements sont très modernes.

Le suivi se passe très bien et est très poussé, peut-être même trop ! Il y a des révisions très complètes avec un médecin généraliste, avec un neurologue, échographie des seins, de l’abdomen. Elle a aussi  des prises de sang toutes les trois semaines. Cela devient presque anxiogène, même si cela leur permet d’être sûrs qu’en cas de problème, ce sera tout de suite détecté.

Ils font la première échographie aux alentours des onze semaines pour dépister la trisomie et le syndrôme de Down. Tout va bien. Le futur papa l’accompagne à toutes les échographies importantes.

Alors, fille ou garçon ?

Pour connaître le sexe du bébé lors de la deuxième échographie, Stéphanie et Simon ne veulent pas risquer de ne pas comprendre. Ils ont bien sûr leur interprète, mais il y a toujours un temps d’attente embêtant entre ce que dit la personne en russe et la traductrice. Or, ils veulent comprendre tout de suite et en même temps. Ils ont demandé à l’avance les mots fille et garçon. Lorsque l’échographe leur révèle le sexe, les deux bons élèves comprennent tout de suite que c’est un petit garçon. Un magnifique souvenir !

Une très belle grossesse

Stéphanie s’estime plutôt chanceuse d’avoir été en très bonne forme pendant sa grossesse, sûrement parce qu’elle ne travaillait pas. Elle a bien eu des nausées les deux premiers mois (mais jamais de vomissements, comme pouvaient en avoir certaines copines), s’est aussi sentie fatiguée comme jamais au point de faire deux siestes par jour. Elle a aussi eu quelques maux d’estomac mais se souvient d’avoir toujours plutôt bien dormi.

Le seul inconvénient : une faim insatiable le jour comme la nuit. Il n’était pas rare qu’au petit matin le futur papa découvre des peaux de bananes sur la table parce qu’une petite souris avait eu un creux la nuit ! Son grignottage a été plutôt sain… ce qui ne l’a pas empêché de prendre beaucoup de poids, surtout au début.

La préparation à l’accouchement

Dès qu’elle a su qu’elle était enceinte, elle s’est mise en quête d’une doula. Elle avait déjà prévu d’accoucher sans péridurale et donc avait besoin d’une préparation particulière. En couple, ils ont suivi quatre cours géniaux de préparation à l’accouchement.

Le papa était obligé de venir, condition sine qua non pour pouvoir assister à l’accouchement. Il a même reçu à la fin un diplôme pour certifier qu’il était apte. Attention, ça ne rigole pas !

Bébé arrive ?

Stéphanie a accouché avec trois semaines d’avance, à 38 semaines. En Biélorussie, le terme est calculé à 40 semaines d’aménorée.

Elle commence à avoir des contractions une nuit. Pour ne pas déranger Simon et pour être plus à l’aise, elle va dormir dans le canapé. C’est la première fois que les contractions sont douloureuses, mais pas non plus terribles, à peine plus fortes que des douleurs de règles.

Le lendemain matin, les contractions ont disparu mais elle préfère raconter à son compagnon ce qui s’est passé pendant la nuit. Et si c’était bébé ? Ils se rendent donc à la maternité sans plus attendre.

Elle est reçue dans une petite salle très froide qui ne l’inspire pas, et son mari n’a pas le droit d’entrer. Elle n’a pas sa traductrice à ce moment là mais elle comprend que le col n’est pas ouvert.

L’infirmière lui prescrit l’équivalent d’un spasfon et lui explique que tant que les contractions ne sont pas toutes les quatre minutes de manière régulière, elle ne va pas encore accoucher.

Des contractions, encore et encore

Le soir, ils retournent se coucher, et rebelote vers 22-23h. Elle passe une nouvelle nuit dans le canapé et ne parvient pas à dormir. La douleur est nettement plus forte. Simon installe l’application de chronomètre des contractions : ce n’est toujours pas régulier. Au matin, tout s’arrête à nouveau.

Pendant l’après-midi, elle prend du temps pour se reposer. Mais le soir vers 18 h, ça recommence et ça devient très compliqué. Elle fait des respirations et applique toutes les techniques qu’elle a vues lors de son cours de préparation à l’accouchement.

Le lendemain matin, elle n’en peut plus et pleure d’épuisement. Cette fois, les contractions sont plus régulières. Ni une ni deux, ils partent à la maternité avec tout le matériel.

Première confrontation au sang

Ils retournent dans cette salle froide. L’auscultation lui fait mal, il y a du sang en caillot. Elle est choquée parce que c’est la première fois qu’elle est confrontée au sang depuis le début de sa grossesse. Bonne nouvelle : elle est dilatée à 3. Elle a le choix entre se reposer dans sa chambre et aller marcher deux heures avant de revenir.

Elle choisit la seconde option pour éviter de rester statique mais doit s’arrêter tout le temps pour faire les respirations qu’elle avait apprises et des sons graves ! Tout le monde la regarde, mais tant pis, c’est ce qui lui permet de traverser les contractions ! Lorsqu’elle retourne à la clinique, elle est à 7 ! L’infirmière lui montre les chambres et lui donne une chemise de nuit.

Elle avait prévu d’avoir ses propres vêtements pour accoucher mais à ce moment, elle n’est plus trop lucide ni en mesure de dire quoique ce soit. Elle trouve la chemise de nuit très belle avec des petites fleurs et elle se sent bien dedans.

La doula, cette « traductrice » peu ordinaire

Normalement, les doulas ne sont pas acceptées dans les salles d’accouchement. Pas grave, Stéphanie et Simon la font entrer en disant que c’est leur interprète (les malins !). La gynécologue comprend vite que ce n’est pas qu’une simple traductrice quand elle voit l’huile essentielle et les massages !

Au début, ils avaient un peu peur que la doula prenne la place de Simon, mais elle a su être très discrète et intervenir au bon moment de la bonne manière. Elle a eu un rôle complémentaire à la fois à Simon et à la gynécologue.

Quand la doula arrive, elle commence à diffuser des huiles essentielles dans la pièce, elle montre au papa des points à masser. Stéphanie a mal mais n’a pas l’impression de souffrir : « ça a été un moment assez magique », résume-t-elle.

Plus tard, dans la salle d’accouchement, elle se sent bien. Elle est belle et lumineuse et ça lui plait comme ça, même si en principe les futures mamans préfèrent l’obscurité.

Dans la salle d’accouchement

Sur le projet de naissance, elle avait bien précisé qu’elle ne voulait pas être allongée (ce qui est, d’après bien des mamans, la pire et la moins naturelle des positions pour accoucher). Elle essaie donc d’abord accroupie, mais ce n’est pas pratique, ni pour elle ni pour Simon. Lorsqu’elle se met en position semi-assise sur la table avec un appui aux pieds qui lui permet de prendre toute sa force, ça va très vite.

L’épisiotomie est très courante en Biélorussie. Les médecins la justifient par le risque de déchirure plus grave que sans intervention. Elle n’avait aucune envie d’avoir une épisiotomie, mais c’est une des choses auxquelles elle s’attendait et qui risquait d’être inévitable.

En effet, la gynécologue juge bon de couper, mais elle ne pratique pas l’épisiotomie avant de demander la permission à la traductrice, qui transmet au papa, qui transmet à la maman parce qu’à ce moment elle ne comprend plus l’anglais. Elle ne sent pas la coupure grâce à une anesthésie locale à la lidocaïne.

Bonjour bébé

Bébé crie tout de suite et Stéphanie n’a même pas le temps de s’inquiéter. Elle fait du peau à peau avec son fils pendant deux heures. Un moment magnifique !

Et après l’accouchement ?

Comme beaucoup de mamans, Stéphanie ne s’était pas préparée à perdre autant de sang. Elle n’a pas eu droit à la fameuse couche postpartum, par contre les infirmières lui ont mis les linges blancs pour absorber le sang. Le lit avait une sorte d’allaise en plastique pour ne pas tâcher le matelas. Des infirmières venaient deux fois par jour faire les soins devant le papa… pas forcément des moments très sexy !

Elle a pris sa douche le lendemain de l’accouchement. L’idée de passer la main sur les points l’effrayait, elle avait peur d’arracher les fils, peur d’avoir mal, en se lavant comme en s’essuyant.  « La première fois aux toilettes n’est pas agréable », dit-elle très sincèrement. Ensuite, peu à peu, ça passe. Même si trois mois et demi après avoir accouché, elle a toujours mal à sa cicatrice.

En voyant son ventre vide la première fois, elle s’est entie bizarre. Pas tellement à cause de la sensation qu’il manque quelque chose, comme peuvent le décrire certaines nouvelles mamans, mais surtout parce qu’il était flasque !

Elle garde aujourd’hui un excellent souvenir de sa grossesse et de son accouchement en Biélorussie. Tout ça grâce au papa, sans qui l’accouchement n’aurait pas pu être ce qu’il a été ! C’est lui qui a veillé sur elle, lui a donné à boire et à manger : « s’il fallait accoucher peut-être pas demain mais après demain, je le referais sans inquiétude ! », dit-elle avec enthousiasme.

Bonne nouvelle, mais on espère tout de même qu’elle prendra un peu de temps pour elle avant de remettre ça !

Rédigé par

Ele

Diplomée d'un MSc en développement mondial décerné par l'Université de Copenhague, féministe, engagée dans la lutte contre les inégalités, traductrice freelance et rédactrice de contenu Web, copywriter, jeune maman d'un bébé franco-bolivien,