Il y a quelques semaines, Amélie répondait aux angoisses d’une maman et la rassurait en lui expliquant qu’elle avait accouché deux fois par voie basse de bébés en siège. J’ai été très intriguée par son expérience, d’autant plus qu’elle en parlait comme si c’était quelque chose de complètement naturel. Comme c’est effectivement très peu connu et que c’est une angoisse récurrente chez les futures mamans, je lui ai demandé de partager son expérience plus amplement, espérant que cela permette de dissiper nos angoisses et de nous renseigner auprès de différentes cliniques. En Bolivie, où je vis la majeure partie de l’année, c’est sûr qu’aucun médecin ne prendrait le risque, mais en France ou ailleurs, ça vaut la peine d’interroger les gynécologues.

Bonjour Amélie, merci d’avoir accepté de témoigner ! Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots et raconter comment s’est passée ta grossesse ? 

Je m’appelle Amélie, j’ai 35 ans, j’ai 4 enfants et un petit ange perdu pendant la grossesse. Mes deux premiers enfants ont 9 ans et demi et 7 ans et sont nés par voie basse en siège. Pour mon aîné, j’ai eu une grossesse assez normale, juste en tout début de grossesse des petits saignements donc on avait eu un peu peur de perdre la grossesse mais en fait ça s’est bien passé. Et puis en fin de grossesse, j’ai attrapé la dengue pendant mon voyage de noces en Guadeloupe donc on a eu peur encore une fois, mais en fait ce n’est pas dangereux pour le bébé, heureusement. Donc un début de grossesse un petit peu stressant, sinon ça s’est bien passé la suite.

Peux-tu nous en dire plus à propos de la naissance de ce premier bébé ?

À l’échographie du 3ème trimestre, il était en siège et je savais qu’il pouvait se retourner donc ça ne m’a pas inquiétée particulièrement. Et à la visite du 8ème mois, le gynéco m’a dit qu’il était tête en bas. Du coup, on est allés à l’accouchement vers la fin de grossesse sans s’inquiéter, on n’avait pas prévu du tout un accouchement en siège.

J’étais à 3 semaines du terme et j’ai eu mes premières contractions de travail. Je n’étais pas trop sûre que c’était le début. J’ai commencé à avoir des contractions le soir, j’étais chez mes parents et j’ai eu des petites pertes de sang donc je savais que c’était peut-être le col qui travaillait. C’est mon papa qui m’a amenée à la maternité et ma maman qui est allée chercher mon mari pour l’emmener à la maternité.

À la maternité, ils m’ont fait un monitoring. J’avais des contractions mais ça devait être le tout début de travail, ce n’était pas encore lancé. Par contre au toucher vaginal, la sage-femme avait l’impression de sentir des pieds, donc on a fait une échographie, et effectivement, mon bébé était en siège. C’était pas la panique, mais ils ont proposé de faire un scanner pour voir si les dimensions de mon bassin permettaient de faire passer bébé par voie basse. Ils m’ont dit que c’était bon et que je pouvais rentrer chez moi le temps que ça se lance.

On est rentrés à la maison, je n’étais toujours pas sûre que le travail était lancé, et je n’ai pas eu le temps de me poser des questions. Je voyais bien qu’ils essayaient de me rassurer et me disaient que c’était pas plus difficile par contre il y aurait un peu plus de monde dans la salle mais je n’étais pas inquiète parce qu’ils m’avaient dit que c’était bon. Je leur faisais complètement confiance.

On est rentrés à la maison, il devait être 22-23h, les contractions revenaient régulièrement. J’’espérais que c’était bien le début du travail parce que cela devenait vraiment douloureux. J’ai pris un bain avec mon mari, merveilleux, il me faisait des caresses, m’appuyait sur le bas du dos, c’était tout doux à la maison, et j’avais dans la tête que si ça se trouve, c’était même pas le début du travail. Quand même, ça continuait et c’est devenu de plus en plus rapproché. On est allés à la mater à 20-25 min de route. En arrivant là bas, ils m’ont installée tout de suite en salle d’accouchement. La sage-femme m’a demandé si je voulais qu’elle regarde. J’ai dit oui. Et elle m’a annoncé que j’étais à 10.

Elle m’a proposé la péridurale, puisque c’était un siège. Je m’étais préparée à un accouchement physiologique sans péri mais je n’avais pas de projet de naissance, je ne voulais pas sans péri à tout prix. Comme ils me disaient que c’était mieux, j’ai accepté. Elle m’a dit que je n’avais pas perdu les eaux et donc qu’elle pouvait encore la poser. Au moment où elle est sortie, paf ! j’ai perdu les eaux.  Mon mari est sorti pour prévenir mais juste à ce moment, l’anesthésiste est entrée, très désagréable, elle a dit à peine bonjour, elle m’a posé la péridurale, et m’a mis d’emblée une grosse dose, du coup de ne sentais plus du tout les contractions.

Ce qui est impresionnant, c’est qu’il y avait beaucoup de monde, la sage-femme, l’auxiliaire, le gynéco, et puis on sentait un peu de tension dans la pièce. Le gynéco était en face de moi, j’étais en position gynéco, les pieds dans les étrier, le gynéco était les bras croisés. Dans un accouchement en siège, ils sont là pour surveiller mais ne peuvent pas toucher, car le réfexe du bébé est de remonter quand on lui touche les pieds. Eux me disaient quand pousser. Je n’étais pas préparée à ce que ce soit si dur, il a fallu pousser longtemps. Quand il y a eu les pieds, ça a été encore long, mais il a fini par sortir les épaules et la tête. A la fin, la péridurale ne devait plus trop faire effet, ça m’a brûlée. Mon bébé pesait 2,7 kilos !

Ils ont dû l’emmener pour l’aspirer parce qu’il avait dû avaler un peu de liquide, mais ça s’est bien passé, ça a été un bel accouchement. Il y a des trucs différents que j’aurais fait si j’avais su mais dans les conditions, sans préparation, ça s’est bien passé. Il a eu de mal à aterrir, surveillance en néonat quelques heures, mais rien de particulier. Au moment de l’accouchement, je l’ai récupéré quelques minutes. Je suis juste retournée sans lui dans la chambre parce qu’il était en néonat.

Tes autres accouchements se sont passés de la même manière ?

Du coup pour mon bébé suivant je m’étais préparée et je me suis rendue compte que j’avais de la chance car ils n’ont même pas prononcé le mot césarienne, j’étais très contente de mon choix de maternité et je me suis aperçue que j’avais de la chance et étais bien tombée.

Pour ma deuxième, à l’écho du 3ème trimestre, elle était en siège. Du coup je me suis préparée à ce qu’elle reste en siège. Je pense que à l’examen de mon premier, le gynéco s’était trompé. A la visite du 8ème mois, elle a dû toujours être les pieds en bas. Le médecin m’a dit : « vous avez déjà accouché par voie basse et en siège donc si vous voulez refaire par voie basse en siège comme vous voulez ». Il n’a même pas parlé de césarienne, à la limite, c’est moi qui en ai parlé.

Il a dû me proposer une version mais je savais que c’est pas agréable et que ce n’était pas anodin, ni pour moi, ni pour le bébé. Je pense que le bébé ne s’est pas mis comme ça par hasard. À mon premier accouchement, on m’a parlé de cloison, du coup je pense que j’ai une malformation de l’utérus qui fait que mes bébés sont restés en siège. Du coup j’ai refusé la version et me suis préparée à accoucher en siège. J’en ai parlé à l’anesthésiste et ai demandé une petite dose parce que je voulais sentir plus.

J’ai commencé par perdre les eaux en fin de journée un samedi soir, j’ai attendu que mon mari revienne, puisque j’ai perdu les eaux avant la fin du travail. Comme on m’avait recommandé la péri pour le premier, je m’étais mis dans l’idée que c’était mieux la péridurale, parce que c’était un peu plus risqué. J’aurais peut-être pu sans. J’avais prévu de demander la péridurale si possible avant la fin pour ne pas qu’on ne me la pose pas trop tard et dose trop fort.

Comme j’avais perdu les eaux, c’est devenu très vite très douloureux, je suis tombée sur une femme qui faisait de l’acupunture, mais en fait ça ne m’a pas trop aidée. Du coup j’étais allongée sur le dos avec des aiguilles dans les pieds, je ne pouvais pas bouger, ça n’aidait pas.

Le travail n’a pas été très long, j’ai perdu les eaux vers 17-18 h, et accouché vers 3h du matin. J’ai eu un peu d’acupunture, ma péridurale, j’étais dans le lit à attendre que le travail se fasse. Au moment de l’expulsion, pareil que pour le premier, il y avait pas mal de monde. C’est pas très intime comme contexte. Je savais que les poussée étaient longues. J’ai poussé un petit moment mais ça ne m’a pas paru si long. Le gynéco a dû intervenir à un moment pour dégager sa tête car elle était plus grosse que son frère. Ils l’ont aussi examinée car elle faisait un petit bruit quand elle respirait, elle avait un peu la poitrine qui se marquait. En fait c’est qu’elle avait mal, elle a eu les pieds un peu bleus car ils étaient restés coincés dans le vagin, on lui a donné du sucre et ça l’a beaucoup soulagée, je l’ai eu tout de suite avec moi.

Un petit mot que tu souhaiterais ajouter pour les futures mamans dont le bébé se présente en siège ?

J’ai accouché par voie basse donc c’est possible. Il faut peut-être une équipe qui soit physio et sache comment faire. Mais à la limite, parfois, c’est plus facile qu’une présentation céphalique parce que le gynéco n’a pas à intervenir, donc ça vaut le coup de se renseigner. Peut-être plus de risques, comme pour mon premier qui avait avalé un peu de liquide, mais rien de grave.

Deux autres enfants tête en bas, 3ème avec péridurale, j’tais pas prête à accoucher sans même si c’était mon souhait. 3ème tête en bas, 4ème tête en bas, sans péri, j’ai perdu les eaux plus tard donc plus facile de gérer.

Rédigé par

Ele

Diplomée d'un MSc en développement mondial décerné par l'Université de Copenhague, féministe, engagée dans la lutte contre les inégalités, traductrice freelance et rédactrice de contenu Web, copywriter, jeune maman d'un bébé franco-bolivien,