Amélie vient d’accoucher de son troisième enfant, une petit fille qu’elle prénommée Joséphine. Après deux accouchements traumatiques, ce troisième accouchement au naturel a été une très belle expérience, réalisée dans le respect de son projet de naissance et avec un mari et des sages-femmes au top !

Ça y est, notre petite Joséphine (BB3) est née hier soir sans péridurale !! C’était long et difficile mais nous avons réussi ! 💪 Et c’était un AVAC (accouchement vaginal après césarienne) déclenché au ballonnet pour dépassement de terme. 3,614 Kg, 50 cm et 35,5cm de périmètre crânien !

Pour le contexte :

– BB1 accouchement voie basse avec péridurale, mais traumatique avec syndrome de stress post-traumatique. Dépression post-partum pour moi, syndrome de KISS sévère pour ma fille, très probablement dû à la péridurale.

– BB2 césarienne programmée à 34SA pour malformation du bébé. Donc intubation, perfusion, sonde naso-grastrique, lunettes à oxygène, soins de sa malformation. En plus de sa malformation, il a également des troubles du neuro-développement.

Pour BB3, c’était une évidence de vouloir vivre un accouchement physiologique, pour moi-même, me sentir enfin pleinement mère, et pour donner toutes les chances au bébé de démarrer sa nouvelle vie en douceur.

Lundi : terme+3

9h30 : visite de contrôle à la maternité, col postérieur, un peu tonique, semi-long, ouvert à 1 sur toute la longueur. On me parle de déclenchement le lendemain, je pleure, je demande un décollement des membranes et bénéficie aussi d’une séance d’acupuncture pour tenter de mettre le travail en route. Dès le début de la séance, vers 12h30, je ressens la première contraction « différente » mais pas douloureuse. J’en aurai en moyenne toutes les 10 min jusqu’au lendemain, donc pendant environ 24 heures.

Mardi : terme+4

Je voulais d’abord tenter de différer le déclenchement, mais je suis épuisée d’avoir passé une nuit de micro-siestes. La sage-femme est super, on parle beaucoup, elle est à fond physiologie, me parle de Michel Odent. On parle de mes deux premiers accouchements, et là c’est une rivière de larmes qui me submerge pendant une bonne heure. Elle me parle de l’EMDR (thérapie pour soigner les traumatismes psychiques). Mon col est favorable, ouvert à 2 larges, raccourci. Le pré-travail a donc eu un impact positif. Je décide donc d’accepter le déclenchement par ballonnet. On m’explique que c’est une action simplement mécanique, un peu comme le décollement des membranes, et que ça n’a rien à voir avec un déclenchement chimique. Ok, ça me va.

10h15

Pose du ballonnet par l’autre sage-femme. Oups, elle a percé la première membrane des eaux sans le vouloir ! Je perds pas mal de liquide. Monitoring allongée jusqu’à 12h45. Tout va bien, les contractions se rapprochent et s’intensifient tout doucement. On me libère, j’ai un plateau repas. Puis j’appelle parce que le dispositif du ballonnet est en train de tomber, ce qui veut dire que mon col s’ouvre.

15h30

Col à 3. Encore un monito allongée pour voir si le travail se met en route. J’arrive à gérer les contractions sans trop de problème. J’appelle mon mari qui arrive vers 15h45, je sens que je vais bientôt avoir besoin de son soutien.

Vers 16h30,

à la fin du monito, on m’explique que ce sera compliqué et risqué de respecter tout mon projet de naissance mais que l‘équipe fera le maximum parce qu’ils ont compris à quel point c’était important pour moi. La deuxième membrane se rompt. Tout le liquide s’en va. Je sais donc que la suite sera difficile mais je suis prête.

A partir de ce moment-là, je ne regarde plus l’heure, et je rappelle à la sage-femme que je ne veux plus savoir où en est mon col. Les contractions s’intensifient, je respire bruyamment les yeux fermés et me mets spontanément dans des positions verticales (debout, à genoux, accroupie, à 4 pattes). Mon mari fait des blagues entre les contractions, j’ai des fou-rires.

Vers 18h (d’après mon mari), c’est plus difficile. Je demande un ballon et passe 1h30 sous la douche avec le jet sur le bas du ventre à chaque contraction. Je suis nue, je n’ai aucune envie de mettre mon maillot de bain ! En plus je perds du sang. Mon mari est avec moi pour me masser le bas du dos. Je passe du rire aux larmes et inversement, mais c’est comme un réflexe du corps pour lâcher prise. Mon mari est habillé avec une surblouse par dessus. Il est en nage et doit régulièrement sortir de ce « hammam » improvisé pour reprendre l’air. Le jet de la douche me fait énormément de bien à chaque contraction. Je pense à l’ouverture de la bouche, l’ouverture du col, la verticalité, la détente. Je m’endors presque entre les contractions et je fais le signe de l’infini avec mon bassin sur le ballon ou debout. Je vocalise dans la salle de bain, de plus en plus fort. Ça résonne et je sais qu’il y a une autre femme qui accouche à côté. Tant pis. Puis je sens que la tête pousse pour atteindre le petit bassin et s’engager dans le vagin. À partir de ce moment-là, ça devient très très difficile, mais jamais je ne pense à la péridurale, et de toutes façons je suis persuadée que ce serait trop tard ! On me pose un cathéter obturé par prévention. Puis changement d’équipe. La super sage-femme de la première équipe me dit qu’elle a confiance en nous, qu’on fait du super travail et qu’on sera entre de bonnes mains pour la suite. Je la remercie chaleureusement. La sage-femme de l’équipe de nuit me pose un monitoring mais cette fois-ci je peux bouger autant que je le veux et heureusement sinon je n’aurais pas supporté. Je me mets à quatre pattes sur le lit. Ça pousse dans le vagin, ce passage est très difficile, je vocalise de plus en plus fort, je commence à crier en essayant de rester dans les graves tant bien que mal. Je sais que c’est cette phase qui est associée à la phase de désespérance mais je sais aussi que j’irai jusqu’au bout parce que je n’ai plus le choix et parce que je l’ai choisi. J’ai l’impression que la tête sort mais en fait c’est juste le passage dans le vagin, c’est assez frustrant, il y a encore du chemin à faire et je fatigue. Je hurle, je manque de mordre mon mari (j’ai mordu le lit à la place), je l’insulte, je dis aussi des phrases que je ne pense même pas mais qui sortent toutes seules (au secours, je vais mourir, je ne vais pas y arriver, je ne veux plus accoucher… 😅) et des dizaines de « putaaaain ça fait maaaaal« … Ensuite je commence à sentir le cercle de feu, je dois pousser un certain nombre de fois, je grogne en mode lionne enragée. Ça pousse avec une force incroyable. Impossible d’y résister ! C’est aussi très dur, ça avance et ça recule, puis je pousse comme une malade pour faire sortir la tête, et ensuite les épaules. J’ai l’impression de tout déchirer. Le reste du corps suit et j’ai comme l’impression que tout mon intérieur s’en va d’un coup mais sans douleur. Il est 20h28. J’ai accouché à quatre pattes, sans l’intervention des deux sage-femmes qui n’ont fait que me masser le dos et réceptionner le bébé à la sortie. Je n’ai pas eu d’injection d’ocytocine, contrairement au protocole de l’hôpital et en accord avec mon projet, et mon placenta est sorti complet au bout d’une demi-heure. Ensuite la partie moins sympa : la suture. Quand même pas mal de points mais surtout en surface, sur le périnée et une grande lèvre. Et je me suis pris des hémorroïdes au passage aussi. À ce moment-là, on a juste envie d’être tranquille… Puis la tétée de bienvenue, Joséphine a tout de suite super bien tété, est très éveillée, les yeux grands ouverts et curieux. J’ai ressenti tout de suite un attachement à mon bébé, contrairement à mes autres accouchements. Mon projet de naissance à finalement été respecté à 100% et apprécié par son côté respectueux de l’équipe médicale. Les sage-femmes m’ont félicitée et m’ont dit qu’elles adoraient ce genre d’accouchements. La sage-femme de l’équipe de jour a même appelé ses collègues en fin de soirée pour avoir des nouvelles ! Bref, c’était dur, intense, je n’aurais pas envie de recommencer tout de suite, mais quelle fierté après ! Et j’ai l’impression d’avoir réparé quelque chose en moi, d’avoir pu enfin accéder à la puissance de la maternité ! Et mon mari a été au top du début à la fin, discret mais toujours présent quand il le fallait.

Un immense merci pour tous vos témoignages sans lesquels je n’aurais certainement pas réussi ! 😍 Ce qui m’a aussi énormément aidée et donné une immense confiance en moi, c’est le livre « Accouchement, naissance, un chemin initiatique » de Martine Texier. Un livre incroyable où tout est basé sur la connaissance de son corps et de son psychisme, sur la base des principes du yoga. On peut ainsi ressentir soi-même toutes les étapes de l’accouchement, les maîtriser, savoir où en est globalement l’ouverture du col, savoir quand le bébé passe de l’utérus au vagin, etc.

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Merci beaucoup Amélie d’avoir partagé ce témoignage avec d’autres parents ! Nous te souhaitons tout le bonheur du monde avec ta petite famille ! Maintenant, repos bien mérité !

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Découvrez aussi le récit d’accouchement de Stéphanie, une maman chargée de bonnes vibes vraiment contagieuses !

Rédigé par

Ele

Diplomée d'un MSc en développement mondial décerné par l'Université de Copenhague, féministe, engagée dans la lutte contre les inégalités, traductrice freelance et rédactrice de contenu Web, copywriter, jeune maman d'un bébé franco-bolivien,