Azalée a 28 ans. Elle est maman d’une petite fille de quatre ans et d’un nouveau-né… qui a décidé de pointer le bout de son nez dans l’intimité de la maison ! Son accouchement a tout d’un accouchement de rêve. Elle nous explique le pas à pas de sa préparation pour un accouchement physiologique à la maison.

Azalée est en couple avec son conjoint depuis qu’elle a 19 ans. Depuis le début, ils savaient qu’ils voulaient des enfants ensemble, ce qui leur a permis de parler de ce qu’ils attendaient de leur parentalité avant de se retrouver « devant le fait accompli ».

Un premier accouchement stressant à la maternité

Avant d’avoir sa fille, elle était assistante sociale. Pour son premier enfant, elle voulait déjà accoucher à la maison mais elle était moins renseignée… un peu comme nous toutes, lorsque nous accouchons pour la première fois ! Elle s’est précipitée à la maternité quand elle a perdu les eaux chez elle… sauf qu’elle n’a accouché que plus de 24 heures plus tard. Elle ne savait pas qu’il pouvait y avoir un délai entre perte des eaux et les contractions (la durée considérée comme « acceptable » variant selon les hôpitaux et les protocoles).

Comme elle n’avait pas de contractions (ou ne les sentait pas), les médecins ont voulu la déclencher. Or elle s’était préparée à un accouchement physiologique sans péridurale, le plus naturel possible : la péri, pas question !

Le personnel médical ne l’entendait pas de cette oreille. Pendant toute la nuit et un jour entier, il y avait quelqu’un qui allait la voir dans sa chambre (toutes les demi-heures !) pour lui proposer de la déclencher : « Mais vous n’avez pas beaucoup de contractions », « ah mais vous êtes dilatée à tant ». Blablabla ! Insupportable !

Même si les intentions du personnel étaient sûrement bonnes, elle n’arrivait pas à se mettre dans sa bulle. Finalement, elle a cédé et accepté la péridurale parce qu’ils n’arrêtaient pas d’insister et qu’elle ne pouvait pas se concentrer et les contractions n’étaient plus supportables vu le contexte.

L’hôpital, ça n’a pas été l’horreur mais elle a regretté… et ce n’est pas la seule à nous dire que l’hôpital l’a mise dans de mauvaises conditions.

Alors quand ils ont décidé d’avoir un deuxième enfant, la question n’était pas de trouver une sage femme qui accepte qu’elle n’accouche pas à l’hôpital, c’était que de toutes façons, elle n’irait pas ! Radicale, notre Azalée 🙂

« On a mis un an pour que je tombe enceinte à ce deuxième enfant, et je lui ai dit tout de suite que je n’irais pas, sauf si j’étais en train de mourir ! »

Trouver une sage-femme qui accepte les accouchements assistés à domicile

Azalée savait que cette fois, elle préférait accoucher seule, sans médecin. Et son chéri comprenait parfaitement qu’elle préfère avoir son bébé à la maison, puisqu’il y avait des trucs qui ne lui avaient pas plu à lui non plus. Mais il a quand même insisté pour chercher une sage-femme pour l’accompagner à la maison au cas où.

Lorsqu’elle commence à appeler des sage-femmes, elle essuie un certain nombre de refus. Aucune ne suit les accouchements à domicile, trop risqués pour leur carrière en cas de complications. Jusqu’à ce qu’elle joigne l’une d’entre elle qui lui dit non de manière moins catégorique. C’était une militante pro-accouchement à domicile, sûrement une de celles qui faisait le plus gros périmètre autour de chez elle pour accompagner le plus de patientes. Mais elle vivait à au moins deux heures d’autoroute. Azalée insiste en expliquant que dans l’idéal, elle préférerait accoucher seule. La sage-femme finit par dire oui, rassurée de savoir que ce ne serait pas grave si elle arrivait trop tard.

Une amie, Aurélie, en apprenant qu’elle est enceinte, lui dit qu’elle a commencé une formation pour être doula. Elle lui propose d’être cobaye. Cela permet à Azalée d’être accompagnée et à Aurélie de se former au cours de la grossesse. Elle aussi a accouché chez elle de son dernier enfant.

Ce dessin est une propriété de @azaleeanthemis (insta), merci donc de ne pas l’utiliser sans son accord préalable 🙂

L’importance de la préparation

Pour ce second accouchement, elle a voulu tout savoir. Elle a acheté plein de livres avec des témoignages, regardé des documentaires :

« Autant la première j’étais terrifiée et j’avais plus lu sur la violences gynécologiques, autant la deuxième j’étais prête. Tout ce que j’avais pu lire me rassurait. »

La préparation l’a beaucoup aidée car tout à la fin de sa grossesse, à l’annonce du confinement, elle a commencé à se dire que si ça se trouve, personne ne pourrait venir. Elle avait parfois du mal à joindre la sage-femme, débordée avec quatre mamans qui accouchaient en même temps. Mais elle s’est dit qu’elle était prête. Elle avait même regardé des vidéos de placenta parce qu’à l’hôpital la première fois, on ne le lui avait pas montré.

La doula Aurélie est la dernière personne que la petite famille a vue avant le confinement et la fermeture des écoles. Elle avait préparé un power-point qu’ils ont mis sur la télé et ils ont tout revu du début à la fin. Notre maman super courageuse avait encore tout en tête quand elle a accouché dix jours plus tard.

« Je ne veux pas te faire de fausse joie mais c’est pour dans pas longtemps »

Azalée a accouché un jeudi. Le mercredi soir, elle sent des contractions comme on peut avoir en fin de grossesse donc elle se dit que ce n’est pas ça. A ce moment, ils étaient en train de regarder un film avec son chéri, pendant qu’elle se détendait sur son gros ballon de yoga.

La nuit venue, elle ne sait pas trop si elle doit rester éveillée ou pas. Elle décide d’essayer de dormir autant que possible mais se réveille régulièrement avec des contractions.  

Au petit matin, elle prévient son chéri qu’elle pense que c’est pour bientôt. Pragmatique, celui-ci décide d’aller faire les courses pour les prochains jours pendant qu’elle peut gérer seule. Bien pensé, car pour l’accouchement et après, il valait mieux être prêts, surtout en ces temps de confinement. Pendant ce temps, Azalée reste avec son aînée, à faire des jeux dans sa chambre. Elle se met à quatre pattes de temps en temps, sentant que le travail s’intensifie.

Quand papa rentre, Azalée se force à manger pour prendre des forces, même si elle n’a pas faim. Elle sort marcher dans le jardin et fait des aller-retours pendant une heure mais n’ose pas aller dans le bain. Elle craint de bloquer les contractions trop tôt. Elle était en avance de 15 jours par rapport à la date probable d’accouchement, mais tout de même à terme. Ce jour-là, elle se sent prête, et vu le contexte, elle sait très bien qu’elle va accoucher en plein confinement. Donc autant que ce soit maintenant !

Son conjoint lui rappelle que, éventuellement, il faudrait appeler la sage-femme (zut, il n’a pas oublié). Ils la préviennent donc par message. Vers 19h, elle lui dit d’aller dans le bain.

 « On lui dit que j’ai des contractions toutes les 7 minutes mais on a dit ça à la louche, ce qui était très con, elle a pensé qu’on avait le temps alors que pas tant que ça ! »

21h

A 21h, il y a une faille temporelle. Elle s’en rend compte lorsque son conjoint lui dit qu’il va coucher leur grande.  Cela faisait donc 3 heures qu’elle était sous la douche chaude à faire des vocalises, des sons graves, debout se tenant au mur. Bonjour la facture à la fin du mois, pense-t-elle sur le coup ! 🙂

Elle savait que son bébé avait le dos à droite alors que c’est mieux le dos à gauche. Sa doula lui avait conseillé plein de façons de s’asseoir mais rien à faire : bébé est resté dans la même position jusqu’à la fin. C’est pour cela qu’elle sent les contractions dans le bas du dos. Le travail a duré plus ou moins longtemps parce que la petite a tourné pour se mettre à gauche.

La sage-femme, à distance, lui dit qu’elle en a encore pour longtemps, mais Azalée commence à désespérer, elle y est déjà depuis la veille et n’en peut plus. Comme elle a beaucoup lu, elle se dit que c’est peut-être la phase de désespérance.  

Elle rappelle le papa, mais il y a comme une pause. Finalement, même pas mal, tout va bien ! Elle en profite pour aller aux toilettes (le corps sait qu’il vaut mieux évacuer les selles !). Mais quand elle termine son affaire, elle est incapable de bouger. Son mari essaie de la tirer par le bras mais elle retombe en arrière, paralysée. Au bout de deux-trois minutes, hyper attentionné, il lui demande ce qu’il peut faire pour elle en attendant que la sage-femme arrive.  

Azalée touche son sexe pour savoir où ça en est et sent quelque chose de mou. La poche des eaux éclate sous sa main. Une sensation super impressionnante !

Encore un dessin de la fabuleuse @azaleeanthemis (insta), encore une fois, merci de ne pas l’utiliser sans son accord 🙂

« Elle arrive, elle arrive »

Elle crie alors à son conjoint : « elle arrive, elle arrive ». Un peu étonné, celui-ci lui répond : « Non, je viens de l’appeler, la sage-femme arrive dans deux heures ». Elle lui fait comprendre que c’est bébé qui est en train d’arriver, là maintenant tout de suite !

Elle sent son corps qui pousse, alors que ce n’est pas elle qui contrôle. Elle a le temps de réaliser qu’elle va accoucher juste devant les toilettes et ne pourra aller nulle part ailleurs. Papa met une serviette de douche par terre. Quand la tête commence à pousser, elle se jette à quatre pattes devant elle et papa se met derrière pour réceptionner bébé. 

Mais il n’y a pas encore tout le corps de sorti et bébé ne pleure pas encore. Le temps de la deuxième contraction parait super long. Un instant particulièrement inquiétant pour le papa qui ne comprend pas ce qui se passe sur le coup. Après la deuxième poussée, bébé naît et le papa passe sa fille entre les jambes de maman pour qu’elle puisse la prendre dans ses bras.

« Je la récupère, tous les deux on tremblait, on rigolait et pleurait à moitié et on se disait, on fait quoi maintenant ? ».

Elle avait encore son cordon et relié au placenta qui était dans le corps de la maman. La sage-femme au téléphone dit de ne rien faire d’autre, seulement de s’allonger avec le bébé. Le placenta n’est pas urgent.

Et une autre oeuvre de notre maman artiste @azaleeanthemis (insta), merci de ne pas l’utiliser ce dessin sans son accord 🙂

Après coup, ils réalisent qu’ils ne savent pas à quelle heure leur fille est née, ils n’ont pas pensé à vérifier avec l’émotion. La sage-femme les rassure : à l’hôpital ce n’est pas précis non plus !

Plus que le placenta

La sage-femme arrive 50 minutes après mais les parents ne voient pas le temps passer. Elle commence par regarder si tout va bien pour le bébé puis explique qu’il faut faire sortir le placenta parce que ça faisait déjà une heure. Azalée n’a que des petites contractions. Elle essaie d’abord allongée puis elle change de position pour faire jouer la gravité. Et là, ça marche !

Au début quand elle voyait des vidéos d’accouchement elle trouvait que le placenta, c’était un peu dégoûtant et peu à peu elle s’est faite à l’idée que c’était naturel. La sage-femme lui dit qu’elle peut le manger et que ça aidera pour le post-partum, mais psychologiquement, elle ne se sent pas prête. Comme c’est un organe, elle ne peut pas non plus se résoudre à le jeter. Finalement, les parents choisissent de l’enterrer dans le jardin.

C’est ainsi que la sage-femme, après avoir vu que tout allait bien, donne quelques derniers conseils, fait la déclaration et repart.

Visite à domicile de la sage-femme

C’est une autre sage-femme qui habite sur sa ville qui va les voir car la sage-femme pro-accouchement à domicile ne pouvait pas faire quatre heures de route tous les jours. Elle lui fait un serrage de bassin. En principe, ça se fait avec un écharpe spécifique mais la sage-femme improvise avec une écharpe qu’Azalée a chez elle.

Le serrage de bassin permet d’apaiser les douleurs après l’accouchement. La sage-femme lui explique que pendant la première grossesse, l’utérus fait ce qu’il peut. La deuxième fois, il s’élargit plus facilement et plus vite. C’est pour cela que plus une maman a d’enfants, plus elle les contractions le post-partum sont douloureuses. Après l’accouchement, cela peut prendre plusieurs jours pour que l’utérus reprenne sa taille normale.

Une très bonne chose ce foulard, sauf pour aller aux toilettes, me raconte Azalée en riant. Une fois, par flemme, elle a voulu se retenir de faire pipi… mauvaise idée car on ne peut pas se retenir après un accouchement (c’est une des choses que l’on ne nous dit pas, alors merci mille fois Azalée d’être sincère !!)… quand elle s’en rend compte, c’est trop tard ! Tant pis pour le glamour et bonjour les dégâts ! 🙂

Parlons de post-partum

Après sa première grossesse, Azalée ne savait pas qu’il y avait des saignements après l’accouchement. Ça a été une grosse surprise… qui a duré un mois et demi ! « C’est comme un marathon auquel on n’est pas préparées », lui avait dit une sage-femme à l’époque. Le corps a besoin de temps pour récupérer.

Après son premier accouchement, elle avait voulu reprendre aussi vite que possible sa « vie normale »… chose bien sûr impossible avec un bébé. D’en savoir plus sur l’accouchement physiologique, elle avait aussi appris plus de choses sur le post-partum.  Elle voulait pouvoir se reposer sans non plus être isolée dans sa chambre. Du coup, le chéri d’Azalée a déplié le grand canapé-lit dans le salon, comme ça l’aînée a pu être avec ses parents et sa petite soeur. Ils sont restés comme ça tous les quatre pendant un mois.

Finalement, ce confinement les a plutôt bien arrangés : autant Azalée était déçue que sa doula ne puisse pas venir, autant elle s’est sentie hyper soulagée de pouvoir passer les premières semaines de son bébé dans l’intimité de sa petite famille et de remettre les visites pour un peu plus tard.

Pour finir en beauté, cette magnifique illustration est également une propriété de @azaleeanthemis (insta), merci de ne pas l’utiliser sans son accord préalable 🙂

Accueillir un bébé à la maison avec la grande sœur

Il y a quelques mois, lorsque la grande sœur avait dit qu’elle voudrait une petite sœur, Azalée avait sauté sur l’occasion. Quelle bonne idée, tiens ! C’est donc la première à qui les parents ont annoncé la nouvelle. C’est même elle qui a choisi le nom de sa petite sœur !

Azalée et son chéri avaient voulu l’associer dès le début en lui montrant des vidéos d’accouchement. Elle avait été curieuse et avait posé plein de bonnes questions. Elle voulait être présente pendant la naissance mais ça s’est passé trop vite, pendant qu’elle dormait, du coup elle a eu la surprise au réveil.

Les premiers jours avec bébé, la grande aussi a dû adapter son rythme. Comme elle était préparée, elle a très vite compris ce qui se passait. E vu que l’école était fermée à cause de la pandémie COVID-19, elle a pu rester avec sa maman et sa petite soeur pour en profiter ! Ça a été génial d’être à la maison tous ensemble !

Azalée espère que cette aventure donnera à son aînée confiance en elle si un jour elle veut accoucher à la maison. 

Et nous on espère que son témoignage servira à beaucoup de mamans, qu’elles veuillent accoucher à la maison ou non !

Félicitations à la famille et merci pour ce beau témoignage !

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Au fait, vous devriez absolument suivre Azalée sur insta, elle fait des dessins topissimes !! 🙂

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Découvrez de ce pas le récit d’une maman qui a eu son bébé naturellement après un premier bébé par césa.

Rédigé par

Ele

Diplomée d'un MSc en développement mondial décerné par l'Université de Copenhague, féministe, engagée dans la lutte contre les inégalités, traductrice freelance et rédactrice de contenu Web, copywriter, jeune maman d'un bébé franco-bolivien,