Barbara vit au Québec depuis qu’elle est allée à HEC Montréal à ses 18 ans. Tombée amoureuse du pays, elle y est restée. Elle a une personnalité assez géniale. On se parle pendant plus d’une heure lors d’un appel vidéo. J’adore sa sincérité sur le déroulement de son accouchement (attention spoiler : ça se termine en césarienne alors qu’elle voulait accoucher naturellement à la maison), sur les leçons qu’elle en tire, sur les difficultés de devenir parent de manière générale. Elle est spirituelle, très ouverte au dialogue, respectueuse des libertés de chacun. C’est même elle qui m’incite à parler de parentalité davantage que de maternité ! Je partage son témoignage pour que les futurs parents sachent que si l’accouchement n’est pas celui dont ils avaient rêvé… ce n’est pas grave, il ne dépend que d’eux de l’accepter et d’en faire un moment magique.

*Merci de noter que la photo de couverture est une propriété de Barbara (@the.uncensored.mama), et donc que vous ne pouvez pas l’utiliser sans son autorisation.*

Lorsque je présente mon projet à Barbara, ça colle, elle est d’accord dès le début sur plutôt pas mal de points : un accouchement, c’est une épreuve physique et mentale. L’allaitement, ce n’est pas intuitif. Devenir parent, c’est un énorme challenge. Et surtout : davantage que d’idéaliser la grossesse et la parentalité, il faut informer, accompagner et soutenir les parents dans cette étape.

Son chéri à elle est Vénézuélien. J’adore sa manière de parler de lui, son cheum (eh oui, 14 ans au Québec, ça s’entend à l’accent !). Elle le décrit vraiment comme un compagnon attentionné pendant la grossesse il a fait la nourriture, le ménage. Je ne pouvais même pas me lever pour prendre un verre d’eau »), aux petits soins pendant l’accouchement (c’est lui qui a défendu son plan de naissance), et qui est tout de suite devenu le meilleur des pères.  Pendant le post-partum il a été très conscient que la césarienne était une chirurgie lourde, et que l’allaitement était  drainant.

« Depuis la naissance de notre enfant c’est 50/50. Il est super impliqué, à tel point que des fois je me dis qu’il est meilleur parent que moi parce que les papas ne sont pas aussi impliqués normalement, limite je me dis que je ne suis pas une bonne mère alors que c’est lui qui est un vachement bon père ! »

Il y a beaucoup d’harmonie dans son foyer, et ça se sent. De l’harmonie dans sa famille, mais dans sa personnalité aussi… sûrement parce que c’est une personne très complète. Elle a deux professions dans la vie, auteure-compositrice-interprète (elle fait de musique électro) et coach holistique. Plus précisément, elle fait de la guérison énergétique, est maître Reiki, sono-thérapeuthe, yoga-thérapeuthe, et prana-thérapeute (magnétisme). Des certifications qu’elle est allée chercher à la source (Inde). Son style de vie est végan, dans une optique naturelle de zéro déchet. Autant que possible, elle emprunte, échange, achète d’occasion ou fabrique les produits elle-même.

La découverte de sa vocation de doula pendant sa grossesse

Elle vient juste de terminer sa formation de doula et a son premier accompagnement d’accouchement prévu en août ! Cela lui est venu comme une évidence pendant sa grossesse, quand elle a rencontré sa doula à elle. Elle s’était toujours dit que sa doula serait africaine… et bingo ! Elle avait prévu plein d’entretiens mais en la rencontrant, elle a su tout de suite que c’était elle. La doula était Congolaise et guérisseuse énergétique tout comme elle. La connexion a été automatique. Sa nouvelle vocation était née.

Barbara a adoré être enceinte (à part les nausées tout le premier trimestre). Comme elle est « méga intense », ça l’a forcée à lâcher la pédale et à devenir plus chill. Elle en a profité pour faire un peu de yoga (pas autant qu’elle aurait voulu à cause de la fatigue), faire de la méditation et entrer en contact avec sa “guerrière intérieure”, élaborer son projet de naissance, regarder des documentaires, lire des récits sur la naissance orgasmique (d’ailleurs, le papa aussi a beaucoup lu sur la parentalité).

A huit mois de grossesse, elle a fait son blessing way avec des ami.e.s sensibles au spirituel. Iels lui ont donné chacun un bout de tissu avec un petit mot derrière, dont elle a fait une couverture patchwork pour faire une grande couverture de naissance. Iels lui ont aussi donné des perles qui représentaient des souhaits, elle en a fait un collier qu’elle a porté pendant le travail. Iels sont tou.te.s reparti.e.s avec leur bougie. Quand le travail a commencé, elle leur a envoyé un message pour qu’iels les allument. Ses ami.e.s lui ont laissé des messages dans une boîte pour qu’elle les lise pendant le travail. Iels se sont aussi mis un fil au poignet, chaque personne devait le couper au moment de l’accouchement comme si c’était le cordon. Plein de symboles spirituels pour nourrir le bébé et la maman.

Son rêve avait toujours été d’avoir 12 enfants. Pas forcément d’en sortir 12 de son utérus, mais d’adopter des fratries, ça oui ! Elle m’explique que le fait de sentir que l’on est faite pour une grande famille ne va pas rendre la vie plus facile pour autant. Un peu comme la musique, qu’elle adore, sans pour autant penser que c’est « facile ». La plupart du temps, elle kiffe sa vie de musicienne, mais parfois elle en a marre. C’est en ce sens que la maternité / parentalité est difficile.

Impossibilité de conjuguer grossesse et deuil

Et puis à 22 semaines son papa est décédé…….

Elle ne s’y attendait pas avant que sa fille naisse. Ça a été une douleur tellement intense que ça lui donnait des contractions, elle se disait qu’elle faisait du mal à sa fille. Elle a dû accepter le deuil mais sans pouvoir se plonger dedans. Ça s’est passé le matin de l’échographie lors de laquelle elle allait savoir le sexe. Elle ne l’avait pas appelé depuis deux jours et attendait avec impatience de savoir si c’était une fille ou un garçon pour pouvoir le lui annoncer.

Plein de choses sont ressorties pendant le post partum.

« Devenir parent sans avoir ton parentn c’est comme s’il manquait une pièce au puzzle. A chaque fois que ma fille fait un truc, se retourner, son premier rire, je me souviens que mon père ne le verra jamais ».

Comme elle est spirituelle, elle considère que son père est dans tout : « Je ne suis pas désespérée parce qu’il est mort mais parce que je ne sais pas communiquer avec lui ».

Le projet de naissance de Barbara

Le projet de Barbara, c’était d’accoucher à la maison avec sa doula, sa sage-femme, sa maman et son chéri. Avant de la connaître, le papa ne savait même pas que c’était possible, mais il a suivi sa compagne et a participé aux réunions spirituelles à ses côtés. A la troisième échographie réalisée pour vérifier que bébé avait la tête en bas, tout s’annonce bien. Elle apprend que sa fille pèse 2,700 kilos… (finalement elle naît avec un poids de 2,6 kilos… 1 mois plus tard ! comme quoi, les médecins peuvent se planter !).  

A la toute fin de sa grossesse, comme bébé n’arrivait toujours pas et qu’elle ne voulait pas être déclenchée, elle a un peu tout essayé : le sport, le sexe, la danse, l’homéopathie, l’ananas, les dattes. Elle est allée consulter en maison de naissance après la date probable d’accouchement (DPA) à 41 semaines et elle n’était pas dilatée. La sage-femme lui a assuré qu’elle en avait encore pour 7 à 10 jours. Sa maman, qui vit en France, était déjà au Canada, elle était venue exprès pour l’accompagner pendant l’accouchement… Si cela prenait encore plus d’une semaine, sa maman devrait repartir sans avoir pu assister à l’accouchement.

Elle va donc voir une acupunctrice, ça marche du tonnerre ! Dans la nuit, elle a ses premières contractions. Elle commence donc le travail un mercredi 12 au milieu de la nuit. A 7 heures du matin, les contractions sont déjà à 5 min d’intervalle. Très vite le travail est intense. Papa prépare la piscine et couvre les lits de plastique pendant que maman vit sa vie pendant la journée. Elle prend un bain vers 18h quand cela devient vraiment dur et appelle sa doula vers 21h quand ses techniques ne suffisent plus. La sage-femme arrive vers 22h, après plus de 15 heures de contractions très fortes et très rapprochées.

A 1h du matin, les contractions ne lui laissent plus de répit. La sage-femme la contrôle et lui demande à combien elle voudrait être (la question piège, bien sûr qu’elle veut être à 10 !). Elle est à 8, elle est déjà contente. Cela veut dire qu’il ne reste que 2-3 heures, pas plus. A partir de maintenant, c’est 1 h par cm en moyenne, elle se dit qu’elle peut le faire (magne-toiiii !!). Elle sent les contractions dans le dos parce que la tête est du mauvais côté, c’est ce qui fait le plus mal. A un moment elle change de stratégie et dit à son chéri qu’elle veut aller dans la chambre juste avec lui, se câliner. L’ocytocine naturelle accélérera le travail.

La dilatation à reculon

Quelques heures plus tard, la sage-femme la checke à nouveau : elle est à 5 (alors qu’elle était à 8 avant !!).  La sage-femme ne remet pas en question qu’elle aurait pu se tromper, puisqu’elle ne s’est jamais trompée de toute sa carrière.

Sa mère pharmacienne, qui déjà la prenait pour une folle de faire ça à la maison, insiste pour aller à l’hôpital. La douleur, ça se gère, mais là ce n’était plus de la douleur mais de la souffrance. Elle « survit » aux 12 minutes les plus longues de sa vie pour aller à l’autre bout de la ville à l’hôpital relié à sa maison de naissance. Il faut monter pour aller au bon pavillon, attendre qu’ils fassent leurs appels…

“Il y avait même une dame qui est montée dans l’ascenseur avec nous, et qui a poussé un bouton un étage avant! Et qui me demandait des directions pour se rendre au bon pavillon… Alors que je souffrais ma vie!! “

Dire qu’elle avait tenu 27 heures et qu’elle allait aller à la clinique…

On la contrôle… elle est à 4… pourquoi ? un grand mystère !

L’anesthésiste est en retard, en attendant ils lui mettent des gaz… elle est tellement épuisée qu’au lieu de respirer pendant les contractions, elle dit « fuck it! » ! Comme elle est entre les mains de l’équipe médicale, la doula et la sage-femme partent (grave erreur d’avoir laissé partir sa doula, va-t-elle voir par la suite). Son amoureux et elle défendent le plan de naissance auprès de l’obstétricien. Mais ils se rendent compte que à chaque contraction, le coeur du bébé descend de 140 à 48 !!!

Ce sera donc césarienne d’urgence. Elle n’est plus capable de réfléchir, n’arrive pas à y croire et se sent effondrée. Le papa, rentré prendre une douche, est bien sûr hyper inquiet pour maman et bébé. Et la maman de Barbara, triste de voir que les choses ne se passent pas comme elle le voulait, malgré sa préparation pour accoucher naturellement.

Dans cet accouchement d’urgence, elle parvient à négocier pour que le bébé naisse en restant accroché à son placenta. Une première au Québec, même si elle n’a pas pu voir bébé tout de suite à cause du drap. Par contre, elle n’a pas réussi à obtenir qu’on mette bébé directement sur elle à la naissance. Ils ont fait tous les soins pour retirer le mucus, contrôler bébé en pleine lumière, pas forcément avec la délicatesse qu’aurait souhaité Barbara pour les premières heures de son bébé.  Quand ils lui ont enfin mis sa fille sur le sein, elle ne l’a pas sentie, elle était endormie jusqu’aux épaules. Quand ils l’ont recousue, ils ont fait sortir bébé et papa. Ça a été dur à digérer.

La rencontre avec bébé,  dire que ça a été magique serait largement extrapoler. Elle n’a pas senti un coup de foudre (comme sa propre mère, qui se souvient encore avoir été submergée d’amour au moment de la naissance), peut-être parce qu’elle était endormie, peut-être aussi parce que les hormones ont été littéralement coupées en même temps que son ventre. Peut-être aussi parce qu’elle était très connectée à son bébé dès la grossesse : « Dedans ou dehors, ça n’a pas fait de grande différence au niveau émotionnel ».

Son grand regret, ce n’est pas tellement la césarienne en fin de compte, parce qu’elle a fait tout ce qu’elle a pu pour accoucher naturellement. C’est plutôt que sa doula ne soit pas restée avec elle jusqu’à la fin pour lui dire que ça ne dépendait que d’elle d’en faire une belle histoire même si ce n’est pas l’accouchement de ses rêves. Elle avait besoin de quelqu’un pour le lui dire et l’aider à gérer ses émotions.

Elle veut sortir de la clinique le plus tôt possible parce que les infirmiers ne voulaient pas que bébé dorme avec elle. La docteure sur place lui propose un accord: qu’elle reste une nuit de plus et promet que ses équipes ne vont pas la déranger. Mais à la maison, le contrecoup a été dur aussi. Elle ne pouvait même pas aller aux toilettes à cause de la cicatrice.

Petite crevette est bien accrochée à sa maman !

La césarienne d’urgence n’a pas non plus aidé la montée de lait. La petite ne prenait que 16 grammes par jour alors qu’elle passait 20 heures au sein. Ils se sont ensuite aperçus qu’elle avait le frein trop court et on dû le lui faire couper. Ça a été une période épuisante. Elle n’a cependant jamais donné de lait artificiel à son bébé, seulement du lait maternel donné par d’autres mamans.  Maintenant, sa puce va très bien. Elle est petite mais a un bon poids… Par rapport à quand elle est née, Barbara la trouve même carrément grosse !

Barbara sait maintenant pourquoi elle n’a pas pu accoucher sans aide médicale : le cordon était trop court et sa petite ne pouvait pas descendre.  Mais elle ne comprend toujours pas comment le col a pu se rétracter (si quelqu’un a vécu la même chose, faites-nous signe, on cherche des infos !). Une ostéopathe est venue la voir et a manipulé son bébé pour faire revivre la naissance vaginale, du passage par le canal vaginal au bras de maman. Ça a été vraiment beau et thérapeutique. Ensuite en parlant, elle s’est rendue compte que c’était à cause du deuil de son papa qui l’avait chamboulée. Curieusement, sa fille est née le jour de l’anniversaire de son père. Heureusement, elle a toujours été entourée de gens bienveillants.

Aujourd’hui, elle n’a pas encore réussi à réconcilier le deuil de son papa et la naissance de sa fille. Devenir parent sans son parent, c’est dur. A chaque fois que sa fille fait un truc nouveau, un sourire, un rire, un retournement, elle a envie de le dire à son père. D’une manière,  sa fille est comme une lueur d’espoir pour toute la famille, c’est comme un bébé miracle. Barbara est l’ainée et la première à avoir des enfants donc c’est spécial. Papa n’est plus là, mais avec l’arrivée de bébé, ils sont toujours 6.  Le 13 février ne sera jamais un jour triste.

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Rédigé par

Ele

Diplomée d'un MSc en développement mondial décerné par l'Université de Copenhague, féministe, engagée dans la lutte contre les inégalités, traductrice freelance et rédactrice de contenu Web, copywriter, jeune maman d'un bébé franco-bolivien,