Lorsque nous bavardons avec Alice, sa petite fille a trois semaines et Alice est en plein post-partum. Elle a passé presque l’intégralité de sa grossesse en Croatie et a accouché dans le petit pays de Balkans en pleine crise de COVID-19. Son accouchement et les suites de couches ont beau avoir été plus difficiles que prévus, son récit n’en est pas moins celui d’une belle histoire d’amour pour son bébé.

Expatriée en Croatie en début de grossesse

Lorsque Alice a déménagé en Croatie, elle était déjà enceinte de un mois et demi. La décision de l’expatriation a été prise rapidement, puisque son mari a su en mai-juin 2019 qu’il avait obtenu un poste dans le pays des Balkans. Le couple a donc eu quelques mois pour organiser le déménagement, et chercher des informations sur l’accouchement en Croatie.

Les recherches n’ont pas été très encourageante, puisqu’elle n’a rien trouvé sur le cas de la Croatie, si ce n’est un post qui datait et qui parlait de violence obsétricale. Pas du tout rassurant. 

La recherche d’une gynécologue

Depuis la France, elle trouve une gynécologue qui parle français. Super ! La langue était un facteur car elle ne parlait pas Croate. Finalement, elle n’accroche pas du tout. Son français est assez limité, elle manque de tact. En découvrant  trois kystes au niveau de la tête de sa fille Thalie, elle imagine tout de suite le pire et se met à parler d’amniocentèse et de trisomie. C’est tout ce que ne veulent pas entendre les jeunes parents. 

Ils demandent l’avis d’un autre gynécologue qui explique que ces kystes sont assez rares, mais finalement leur assure que leur bébé va très bien. Ils décident de continuer le suivi avec ce professionel qui leur plait beaucoup. Ils ont enfin un gynécologue coup de coeur.

Jusqu’au 22 mars, jour où un sérieux tremblement de terre secoue Zaghreb. En périphérie, où ils habitaient, pas de souci… Mais des dégâts sont à déplorer dans le centre. Pas de chance, le cabinet de son nouveau gynécologue fait partie des constructions qui ont été sérieusement endommagées. Son terme étant le 2 mai, le gynécologue, au vu des circonstances, suggère à la future maman de terminer les consultations directement à la clinique.

Préparation de compétition pour un accouchement physiologique

Son plan depuis le début, c’était un accouchement le plus naturel possible. Elle s’y était préparée en suivant des doulas sur instagram, en faisant du yoga, en faisant de la préparation à l’accouchement. Pour elle, c’était sûr, ce serait un accouchement physiologique. 

Elle choisit une clinique privée pour être chouchoutée et éviter de devoir faire tout le travail dans la même pièce que d’autres mamans ou d’avoir à partager les toilettes dans le couloir (chose courante en Croatie). La clinique qu’elle choisit est l’une des rares à permettre un accouchement naturel dans la piscine : c’est son rêve, elle est enchantée.  

Un accouchement pas comme prévu

L’accouchement, en dépit de sa préparation, ne se passe pas comme prévu. Le jour du terme, Alice commence à perdre les eaux… au compte-goutte. Pas de rupture franche comme on voit dans les films. Après avoir perdu du liquide pendant 12 heures, pas de contraction à l’horizon. Elle appelle la clinique.  Il faut y aller pour une révision.

Dans sa chambre, elle attend seule dans l’inquiétude. Les contractions n’arrivant définitivement pas, l’équipe médicale annonce le lendemain matin qu’elle va être déclenchée car la petite commence à manquer de liquide. Mais le col est fermé à double tour et la petite puce, qui a pourtant la tête en bas, n’est pas prête à s’engager. L’accouchement se terminera en césarienne d’urgence. Une grande déception.

Un premier accouchement sous COVID-19

Cette césarienne est d’autant plus difficile à accepter que le papa, pourtant très impliqué dans la grossesse, n’a pas le droit de rentrer. Il faut dire que son accouchement a eu lieu dans des circonstances un peu particulières : en plein coronavirus. Rien à faire : malgré des négociations intensives, il est contraint d’attendre dans la voiture sur le parking. Ce n’était pas le plan d’origine, mais ils avaient eu quelques semaines pour se préparer à l’éventualité d’un accouchement sans le papa

Toute la nuit du samedi au dimanche, les parents se parlent en facetime. Le papa rentre se reposer en attendant le début du travail, mais le scénario se complique. Le matin, elle lui demande de revenir lorsque l’équipe souhaite la déclencher, et une heure après, elle lui annonce qu’elle va au bloc. 

Une infirmière qui parle français leur permet tout de même de se voir pour un petit bisou avant le bloc. C’est de derrière la vitre que papa voit sa fille pour la première fois

Coup de foudre pour Thalie : 

Si l’accouchement par césarienne est un choc, la naissance de sa fille est un souvenir assez incroyable. Elle ne la voit pas tout de suite, mais à son premier cri, elle sait qu’elle est sur le point de connaître l’amour de sa vie, un amour fou comme elle n’avait jamais imaginé.  Ce sont 51 cm et 3,510 kg de pur bonheur. C’est tellement d’émotion que rien que d’y penser elle en a des frissons

L’allaitement 

Alice tenait absolument à allaiter son bébé. Le bébé arrive en même temps qu’elle dans la chambre quand elle remonte du bloc et l’équipe lui permet de mettre sa fille sur le sein. Mais le lendemain matin, la petite puce avait déjà perdu 10 % de son poids, et la pédiatre refuse l’allaitement.

Trois fois, elle lui répète « You don’t have milk ». C’est insupportable. Elle ne juge pas nécessaire d’écouter les protestations de la jeune maman, épuisée, qui essayait pourtant de lui expliquer qu’elle se sentait traumatisée à cause de la césarienne d’urgence qu’elle venait de vivre et qui n’était pas du tout son plan. Pour sauver son allaitement, elle insiste en disant qu’elle pouvait faire du peau à peau avec son bébé, et que pour l’instant elle n’avait pas de lait, seulement du colostrum

Elle se heurte à une pédiatre décidément rigide et condescendante convaincue de savoir mieux qu’elle : « Je sais vous avez lu, mais c’est moi la professionnelle ». Ah oui, quand même. 

Lorsque la pédiatre revient avec une courbe de poids, Alice explose et lui crie de partir. Trop, c’est trop ! C’est alors qu’elle décide d’appeler la leche ligue pour demander conseil. La consultante qu’elle a au téléphone la rassure et lui assure que quatre gouttes suffisent amplement pour nourrir un nouveau-né.

L’infirmière à domicile note également que la petite n’a pas repris son poids assez vite. Même si son intuition lui dit que l’on n’est pas à une semaine, dans le doute, épuisée et inquiète, elle lui donne du lait artificiel pour compléter le colostrum

L’allaitement, pas si intuitif

Des la sortie de clinique, Alice utilise des embouts de silicone. Elle les a reçus à la clinique et se dit que c’est normal. Elle continue donc de les utiliser à la maison sans se poser de questions. Les parents achètent un tire-lait et Alice pompe pour stimuler la montée de lait

Deux jours plus tard, elle sent bien qu’elle n’accepte pas sa césarienne et n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé, alors qu’elle avait tout fait pour que ce soit naturel. Elle a horriblement mal aux seins, les tétons la brûlent, rien ne va plus. Elle n’arrive pas à allaiter sans pleurer, c’est trop douloureux.

Elle appelle alors une doula française qu’elle suivait sur instagram, explique qu’elle va mal, qu’elle a besoin de parler, qu’elle se sent au bord de la dépression. Elle résume toute la situation en quelques mots. La doula est très à l’écoute. Lors d’un appel vidéo, elle lui fait remarquer avec stupéfaction que l’allaitement doit se faire sans les protecteurs en silicone et qu’ils ne doivent s’utiliser qu’en cas de crevasse. La doula confirme que le tire-lait est de bonne qualité, mais remarque aussitôt que l’embout est trop petit. « Avec ou sans crevasse, le tire-lait ne doit pas faire mal », explique-t-elle.  Et en effet, avec un embout plus grand, elle n’a pas mal. Avec la doula, elle repart à zéro et apprend les positions d’allaitement

La maternité en Croatie

La maternité en Croatie, c’est très médicalisé et très intense. Il y a une échographie tous les mois. En plus des révisions. Et le dernier mois, il faut faire un monitoring toutes les semaines. L’idée est bonne en principe, mais dans le contexte du coronavirus, ça a été assez pesant : il fallait mettre son masque, contrôler sa température à chaque visite. Et puis partager son intimité avec des infirmières dont elle n’a jamais vu le visage… bof !

De manière générale, le papa est au second plan. La présence du papa n’est admise dans les cliniques que depuis une petite dizaine d’années. Dans le public, la préparation se fait dans une salle réservée aux mamans jusqu’à atteindre 5 ou 6 de dilatation. Avant cela, papa ne peut pas rentrer. C’est pour cette raison entre autres qu’elle avait prévu d’accoucher dans le privé.

Ni pendant la grossesse, ni après l’accouchement, elle ne s’est sentie chouchoutée lors de ses consultations (sauf par son super mari pendant toute la grossesse, bien sûr). C’est pourtant de cela qu’elle aurait eu besoin. C’est une déception, car dans d’autres cultures, comme en Orient, on est aux petits soins avec la maman, parce que l’on considère que le bonheur de bébé dépend de celui de sa maman. La rééducation du périnée, elle n’a pas fait non plus, les infirmières n’avaient pas l’air de savoir de quoi elle parlait.

Une particularité intéressante de la Croatie, c’est qu’il y a une infirmière payée par le gouvernement qui fait le suivi de maman et de bébé à domicile les premières semaines après l’accouchement. L’idée est plutôt bonne en principe, mais Alice n’a pas été très convaincue. Cette infirmière ne l’a pas aidée à gérer son allaitement, lui a même assuré que l’allaitement faisait mal et que c’était normal. C’est assez surprenant que dans un pays loin d’être riche (sans être pauvre non plus), le premier réflexe soit de recommander le lait en poudre alors que c’est tout un budget ! 

Finalement, accoucher sous covid, ça n’a pas été une expérience formidable, mais Alice y voit bien un grand aspect positif : c’est qu’elle a pu se reposer tranquillement. Il n’y avait pas foule dans sa chambre et c’est tant mieux

Après la déception, le bonheur

Dans la soirée la veille de notre conversation, elle met Thalie au sein. Et ça marche. « Depuis hier ça va mieux. Je n’utilise plus les embouts. J’ai bien fait de ne pas lâcher. », me dit-elle, soulagée et fière (à raison !). Maintenant elle va super bien, elle s’imagine continuer l’allaitement pendant longtemps. Quelques semaines plus tard, elle me dit même qu’elle a parfaitement cicatrisé. Elle va beaucoup mieux et est devenue une maman confiante et mieux informée !

Elle a aussi pris du temps pour comprendre ce qui lui était arrivé. Au début, elle avait mis en doute l’éthique des médecins. Quand on sait que la césarienne est plus rapide, plus facile qu’un accouchement naturel (pour le practicien), et surtout, que ça paie mieux : il y a de quoi se poser des questions. Mais l’équipe lui a expliqué que c’était fréquent que le col ne s’ouvre pas chez les sportifs. D’autres médecins de son entourage ont en effet confirmé cette information. 

Quelques mois plus tard, elle a enfin pu faire sa rééducation du périnée avec une professionnelle et est plus apaisée : s’il fallait revivre cet accouchement, maintenant qu’elle sait à quoi s’attendre, elle n’hésiterait pas à le refaire en Croatie.

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Pour avoir des infos de première main sur la maternité en Croatie, vous pouvez suivre Alice sur son instagram personnel Mom_Alice.

Et pour contacter la doula qui a sauvé son allaitement, suivez l’instagram bloomdoulaparis.

Rédigé par

Ele

Diplomée d'un MSc en développement mondial décerné par l'Université de Copenhague, féministe, engagée dans la lutte contre les inégalités, traductrice freelance et rédactrice de contenu Web, copywriter, jeune maman d'un bébé franco-bolivien,