Il y a (déjà) 21 mois, Morgane est devenue maman d’un magnifique petit garçon aux cheveux blonds. Sa maternité, elle l’a vécue au Texas, aux Etats-Unis d’Amérique. D’origine bretonne, elle n’imaginait pas qu’il pourrait y avoir de telles différences entre deux pays « riches » comme la France et les Etats-Unis. C’est avant tout cette différence culturelle qu’elle a envie de partager avec de futures mamans expatriées pour qu’elles sachent à quoi s’attendre.

La première chose qu’elle tient à souligner, c’est qu’aux Etats-Unis, les mamans ne bénéficient pas d’un congé maternité payé par l’Assurance maladie comme c’est le cas en France. Ce congé y est limité à douze semaines en tout (même si certaines entreprises peuvent octroyer plus à leurs salariés). Au-delà, le chef est en droit de procéder à des licenciements.

Le congé maternité : pas une évidence

Morgane a justement été arrêtée deux mois avant d’accoucher car son col était rétréci. Elle était censée reprendre trois semaines avant la naissance de bébé car le congé n’était plus « justifié », vu que le bébé n’était plus considéré comme prématuré. Comme elle est prof, elle était terrifiée à l’idée d’accoucher en cours. N’ayant droit qu’à trois mois en tout, sa gynécologue lui disait qu’il fallait qu’elle y aille pour économiser ses jours et pouvoir avoir du temps avec son bébé après l’accouchement ! Heureusement, une autre gynécologue un peu plus ouverte a pu lui faire un arrêt.

Son bébé est né juste avant les vacances d’octobre. Cela lui donnait deux semaines avec son bébé et le papa. En principe, elle aurait dû reprendre quand son fils avait six semaines. Mais elle ne se sentait pas prête à retourner en cours avec un si petit bébé. Elle a pu prendre un mois non payé supplémentaire. Quand elle a repris, elle allaitait encore. Aux Etats-Unis, la loi oblige les employeurs à mettre à disposition des mamans un espace pour tirer leur lait, mais le local de son établissement n’était pas adapté (en l’occurence, il n’y avait pas la possibilité de se laver les mains)… Pendant des récréation de 20 minutes, elle devait tout préparer en moins de deux. Elle se planquait dans le cabinet d’une collègue d’arts plastique pour être au calme.

Ça a été assez « infernal », pour reprendre son mot. Elle a eu à gérer à la fois le bébé, l’allaitement, la rééducation du périnée, et en plus on lui disait que comme elle revenait de vacances, elle pouvait bien rattraper ce que la remplaçante n’avait pas fait. Ah ben merci, vive l’accueil !

Un pays individualiste

Cette différence vient de la caractéristique individualiste de ce pays nord-américain.

« A l’aéroport ou dans le magasin on te laisse te débrouiller, il n’y a pas la culture de on se laisse passer », me commente-t-elle.

Elle était en France lorsqu’on lui a diagnostiqué son problème de col et qu’elle a dû être arrêtée deux mois parce qu’elle ne pouvait pas rester debout plus de trente minutes ! Elle a dû sauter dans un avion la semaine d’après pour ne pas se retrouver bloquée en France et pouvoir accoucher avec son mari.

La différence entre l’attitude des gens et des compagnies entre l’aller et le retour, ça a été le jour et la nuit : « A l’aller-retour avec Air France, tout le monde te laisse passer, te porte ta valise. Mais au retour avec une compagnie américaine, les hôtesses m’ont dit : soit vous attendez, soit on va vous chercher une chaise roulante mais vous passez après tout le monde. J’ai fait un scandale » (Elle a eu bien raison, on est d’accord !). C’est assez paradoxal d’ailleurs, parce que dans les transports en commun, on cède la priorité aux femmes enceintes aussi aux Etats-Unis.

Morgane précise qu’il ne faut pas non plus tout noircir. Au travail, il y a eu des collègues incompréhensifs tout comme il y en a eu d’autres absolument géniaux et qui lui ont frouni une aide précieuse.

Les aléas de la grossesse

Malgré son problème de col, son bébé est arrivé à terme, avec un bon poids de 3,6 kilos (après leur avoir fait peur pendant deux mois, tout de même). Elle a pris énormément de poids entre les quatrième et cinquième mois. Le ventre a poussé d’un coup ! A mi-grossesse, les futurs parents ont dû faire une échographie supplémentaire (aux Etats-Unis d’Amérique, il n’y a que deux échographies obligatoires) parce que les médecins avaient peur que le bébé soit anormalement gros. « Alors qu’il a juste une grosse tête », me dit-elle en riant.

Sa grossesse s’est plutôt bien passée dans l’ensemble, sauf la complication à la fin. Son seul regret, c’est peut-être de n’avoir pas su renoncer à accompagner une classe en voyage lors de son quatrième mois (elle s’y était engagée avant d’apprendre sa grossesse). Le ventre plus les élèves, ça a été épuisant !

Une de ses craintes était que les gens veuillent lui toucher le ventre, comme on peut le faire en France. Elle a cependant découvert qu’au Texas, les gens étaient plutôt respectueux là-dessus, ils demandaient toujours la permission avant. Elle n’a permis qu’à une infirmière de son école de le faire, parce qu’elle la connaissait un peu plus, faisait en quelque sorte le suivi de sa grossesse, et disait que cela portait chance (bon, dans ce cas !).

En revanche, s’il y a une personne qui aurait dû s’y intéresser un peu plus, c’était le papa : elle devait se battre avec lui pour qu’il lui touche le ventre ! ça l’a un peu frustrée au début, mais quand elle en a parlé à une copine psychologue à son retour en France, celle-ci l’a rassurée : « C’est très sain qu’il ne projette pas un enfant fantasmatique. C’est sain si une fois qu’il est né, il s’investit, ça l’est même davantage que quand les papas sont impliqués pendant la grossesse et ensuite déçus ».

Dans ce cas, que l’on pardonne aux papas qui vivent dans leur petit monde pendant la grossesse, mais nous les aurons de nouveau à l’oeil à partir de la naissance !

Le suivi pendant la grossesse

Il y a des choses qui ne lui ont pas plu, mais il y a aussi eu des choses très bien. Par exemple, l’hôpital proposait plusieurs fois par semaine des cours gratuits jusqu’à ce que bébé ait un an, il y avait un groupe de parole avec discussion sur le siège auto, les trajets en avion, apprendre à parler avec une orthophoniste. Elle n’y retrouvait pas les mêmes mamans à chaque fois (tiens, pourquoi seulement les mamans ?) donc ce n’était pas forcément facile de se faire des amis. L’avantage incontestable, c’est que cela lui a permis de se sentir moins seule, parce qu’elle pouvait partager avec des futurs parents autour de la table du déjeuner à l’hôpital.

Elle a eu sa fille à 39 ans, ce qui faisait craindre une trisomie. Un test sanguin lui a permis d’éviter l’amniocentèse mais elle a quand même dû faire toute une batterie de tests. Ils ont été remboursés par l’assurance à 100%, c’étaient quand même 9 tubes pour dépister les trois trisomies possibles, des maladies génétiques et même le sexe du bébé. Ce test existe en France, il lui aurait coûté 300 euros. En fin de compte, elle a été très satisfaite du suivi et des infirmières.

L’assurance

Morgane a eu du mal à comprendre comment marchait son assurance. Toutes ne fonctionnent pas de la même manière, donc elle ne parle ici que de sa propre expérience avec l’assurance payée en partie par son établissement. Elle ne savait pas, par exemple, que l’assurance comptait sur une année calendaire aux Etats-Unis. Il y a un plafond que l’assuré paie, mais ce n’est qu’une fois ce plafond atteint que les soins sont pris en charge par l’assurance. C’était gratuit pour elle de faire une rééducation du périnée (qui ne fait pas partie de la culture aux Etats-Unis) en 2018 parce qu’elle avait payé le maximum, mais pas en 2019 et elle s’est retrouvée avec une facture de 1000 euros (qu’elle a pu négocier 700 euros). C’est une des choses qu’elle aurait bien aimé savoir à l’avance.

Les protocoles maternité :

Pendant la grossesse, il y a tout un tas de formulaires à remplir à l’approche de la naissance de bébé. Mis à part les tests très complets qu’elle a dû faire, on lui a posé plein de questions, dont voici quelques exemples :

–          La circoncision : aux Etats-Unis, les petits garçons sont circoncis. Sur tous les formulaires d’hôpital elle avait mis non, mais la coutume veut sûrement que les parents ne s’y opposent pas, car tous les jours les infirmières venaient et rappelaient qu’il y avait une circoncision à pratiquer.

–          Le cordon ombilical : les cellules-souches fascinent de plus en plus la médecine. Apparemment, elles permettent de guérir des maladies, et donc des études sont faites pour comprendre de quoi est fait le cordon ombilical. Il y a aussi des entreprises qui viennent voir les parents directement et proposent de congeler ce sang, bien sûr à prix d’or. A titre personnel, Morgane a préféré le donner à la recherche, parce que si tu as besoin de ce sang pour toi ou un membre de la famille, la compatibilité n’est pas garantie. Et puis en général, ma dit-elle, c’est utile pour les maladies génétiques mais comme les maladies génétiques sont héréditaire, il y a des chances que les deux aient la maladie. Elle en a conclu que c’était utilisable moins de 1% des cas, et donc ne valait pas 200 dollars par mois pendant 25 ans.

–          Des questionnaires complets : 3 ou 4 fois elle a dû remplir  des questionnaires sur les pays dans lesquels elle est allée pour s’assurer que son sang ne risquait pas d’être contaminé.

Fille ou garçon ?

Morgane a su très tôt, à douze semaines, que son bébé était un garçon. C’est drôle, parce qu’avec son mari, ils s’étaient déjà imaginé depuis longtemps un personnage de petite fille parfaite !

La nouvelle est arrivée un dimanche après midi : par mail, elle venait de recevoir un message de l’hôpital qui devait sûrement annoncer les résultat de sa prise de sang. Elle ouvre le premier document pour savoir quand et où elle devra aller chercher les résultats : et la première chose qu’elle a vue, c’est le sexe du bébé.

Lorsqu’elle a lu « foetus male », la première chose qu’elle a pensé, c’est « Zut, pas envie d’aller au foot ! ». Bien sûr, elle est très heureuse avec un petit garçon, qui ne va pas forcément faire de foot d’ailleurs !

A la clinique

Morgane, déjà fatiguée, va voir sa gynéco, en lui expliquant qu’elle a des contractions et en espérant que ce sera pour bientôt. La gynécologue l’ausculte… et lui dit qu’elle ne va pas la laisser repartir !  Elle prévient son mari qui était à la réunion parents-profs, mais ce n’est pas la première fois qu’elle dit qu’elle va accoucher : il pense que c’est une fausse alerte ! Finalement il arrive directement, mais sans affaires. Il a dû repartir et a mis super longtemps (en tout cas, ça lui a paru long à elle !!). Il a passé trois nuits sur la banquette de l’hôpital. A l’hôpital, on peut y vivre, chacun commande ses repas au restaurant de l’hôpital, c’est tout à fait possible de faire une diète frites ou des fajitas.  

Dans « l’Etat de l’étoile solitaire », comme on surnomme le Texas, on incite beaucoup les mamans à programmer une césarienne. Certaines de ses copines parlaient déjà à quatre mois de grossesse de la date de la chirurgie ! Heureusement, sa gynécologue est Colombienne et plus adepte des méthodes naturelles, elle ne lui a jamais parlé que d’accouchement physiologique. Elle a poussé pendant 4 heures, mais la tête du bébé était mal placée. L’accouchement se fera donc malgré tout par césarienne.

Son mari reste auprès d’elle davantage que du bébé pendant la césarienne (elle fait une réaction à l’anesthésie qui lui donne des spasmes). Pendant cinq minutes, bébé est emmené dans une pièce où le papa n’a pas le droit d’aller.

« La médecine c’est vraiment un business aux Etats-Unis, mais tu paies pour un service qui en est vraiment un. »

La clinique est moderne et de qualité : à chaque fois que les médecins lui donnaient un médicament, ils scannaient son bracelet électronique pour connaître l’historique des médicaments qu’elle avait pris. La maman et le bébé avaient le même bracelet pour protéger des enlèvements. Personne ne peut sortir les bracelets de la clinique parce que ça déclenche une alarme… tant pis pour le souvenir (par contre, ils ont eu droit à un diplôme avec l’empreinte du petit pied dessus, les infirmiers ont même mis l’empreinte sur la blouse du papa).

Le postpartum

Le bébé de Morgane est né juste avant les vacances d’octobre. Les trois premières semaines, papa étant à la maison, c’est lui qui était de mission au poste convoité de nettoyeur de cacas. 🙂 Il a pris aussi pris deux semaines de congé paternité en plus des vacances scolaires pour profiter de son fils et veiller sur sa famille.

Dès que Morgane a commencé à tirer son lait, trois semaines après la naissance de son bébé, papa s’est mis à lui a donner le biberon deux fois par jour, et la nuit quand c’était son tour. Quand il a repris le boulot, il s’est arrangé pour ne pas rentrer après 16:30 pour laisser maman récupérer. Pendant deux mois, c’est Morgane qui a été de permanence la nuit, pendant que son chéri dormait ailleurs durant la semaine… ça a été dur, parce que c’est elle qui se chargeait de faire les nuits et les jours, sauf les week-ends qui étaient partagés.

Récemment, elle a croisé par hasard une ancienne collègue qui était prof de bio dans son établissement et  qui s’est convertie en doula.  Elle venait juste de monter sa petite entreprise. Pour la naissance de son fils, les copines lui avaient offert des berceaux, et poussettes, tables à langer. S’il doit y avoir un deuxième bébé, Morgane sait déjà qu’elle demandera comme cadeau le paquet post-accouchement de Marie la Doula. Elle propose des accompagnements avant la grossesse, pendant l’accouchement, post partum (en post-partum, elle fait des visites à domicile, peut aider avec le grand frère ou la grande soeur, mettre des machines à laver, t’enseigner des techniques de remusculation…).

La répartition du travail entre maman et papa

Quand elle a repris le travail, papa (pourtant « féministe ») n’a pas trop adapté son rythme tout de suite… Ils en ont parlé, et rapidement se sont mis d’accord pour faire la « permanence » une nuit sur deux. Elle a essayé de l' »empouvoirer » comme papa pour que lui aussi se renseigne sur les progrès de bébé, lui donne le lait, lui achète des vêtements, etc. Les négociations n’ont pas toujours marché… il leur a fallu s’asseoir plusieurs fois pour se répartir le travail.

Aujourd’hui, il y a eu beaucoup de progrès (allllez les mamans yes you can !). Elle estime qu’avec son chéri, ils arrivent beaucoup mieux à se partager le temps de garde de leur fils, même si entre les parents il y a des différences dans les manières de s’occuper de bébé (maman lui donne 100% de son attention, papa fait quelque chose d’autre en même temps, mais ça bien sûr, c’est du point de vue de la maman !).

Morgane maintient qu’il n’y a pas eu toute l’empathie souhaitée. Par exemple, ce n’est pas juste qu’il soit allé dormir ailleurs les premières semaines alors que son petit goulu la réveillait le jour et la nuit, toutes les deux heures, jusqu’à ce qu’elle reprenne le travail. A sa décharge, Morgane reconnait qu’elle avait la possibilité de dormir pendant les siestes de bébés et pas son chéri. Elle déplore également le congé paternité « ridiculement court » qu’à eu son chéri (en fait, le congé paternité n’est même pas obligatoire aux Etats-Unis). L’égalité, c’est encore une longue bataille.

Le développement du langage de son bébé franco-américain

On entend beaucoup dire que les enfants bilingues mettent plus de temps à développer le langage… ce qui sonne assez logique vu qu’ils ont deux fois plus de mots à mémoriser !

Pourtant chez Morgane, ça ne s’est pas vérifié. Les parents utilisent l’anglais et le français avec leur fils, pourtant il a commencé à parler en même temps que les autres. Peut-être parce que les parents l’ont laissé mixer les langues (il n’y a pas de problème à ce qu’il parle d’un « gros car », autrement dit : d’une grosse voiture).

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Découvrez aussi le témoignage de Laurent, un papa expatrié en Finlande, qui partage son point de vue sur les avantages du congé paternité.

Rédigé par

Ele

Diplomée d'un MSc en développement mondial décerné par l'Université de Copenhague, féministe, engagée dans la lutte contre les inégalités, traductrice freelance et rédactrice de contenu Web, copywriter, jeune maman d'un bébé franco-bolivien,