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RECIT DE LA NAISSANCE DE MONA, le 21/03/2020, par Dunvel

Je suis si bien enceinte ! C’est ce que je me suis dit durant toute ma grossesse. Je me vois bien te garder dans mon ventre encore un ou deux mois sans problème ! Je n’ai pas peur d’accoucher, mais je ne suis pas pressée non plus, on est si bien toi et moi, et ton papa qui veille sur nous. Je me dis que tu vas naître dans un contexte vraiment très spécial : la France est confinée depuis le mardi 17 mars à cause de l’épidémie du Coronavirus. Je n’ai jamais autant béni notre décision de faire un accouchement à domicile ! Tu es « prévue » pour le 25 mars, mais je n’aime pas cette date, et puis j’ai le sentiment qu’on est si bien que tu vas dépasser ton terme, mais je n’en ai pas envie non plus parce qu’à ce moment-là, ça veut dire des rendez-vous réguliers à l’hôpital où j’ai mon dossier (qui est à 45 min de la maison), une possibilité de déclenchement, ton papa absent, bref : surtout pas !

Alors depuis le début du confinement, avec Nonoo, on te parle régulièrement de ce qui se passe, et on te dit qu’on aimerait bien que tu arrives bientôt, pour nous éviter à tous les trois le stress lié à un dépassement de terme. Pour accélérer les choses, on s’est mis à faire des câlins tous les soirs, on va marcher chaque jour pendant l’heure autorisée, dans la limite des 1km autour du domicile. Je m’active. J’ai un peu peur de ne pas reconnaître les contractions quand elles arriveront… Mais je me dis que je connais un peu cette sensation quand même car, en 2013, j’ai accouché d’un petit être, une fille (dans mon cœur je le ressentais comme ça), ta grande sœur Yuna, dont j’ai difficilement choisi d’avorter la grossesse par voie médicamenteuse. Et ce sont bien des contractions qui sont provoquées pour expulser l’embryon.

Nous sommes jeudi 19 mars, c’est la fin d’après-midi et nous venons de faire notre plus grosse balade depuis le début du confinement. Je me souviens qu’on avait fini notre tour habituel, d’environ 30 min, mais qu’il faisait très beau, que j’étais bien à marcher et que j’ai dit à Nonoo « Viens, on continue à se balader jusqu’à ce que je sois vraiment fatiguée, il faut qu’il sorte notre bébé ! ».

Et nous voilà repartis à arpenter les rues de notre quartier. On rentre, on se fait à manger, on se cale devant Netflix et on regarde un film. Pendant le film, aux alentours de 21h, je sens quelque chose. J’en fais part à Nonoo. Quelques minutes plus tard, je mets pause : ça y est, j’en suis sûre, ce sont des petites contractions ! C’est la première fois que j’en ressens de ma grossesse, je suis toute excitée et fébrile, je n’ai aucun doute que tu nous as entendus et que tu commences tout doucement le périple pour nous rejoindre. Avec Nonoo on fait une petite danse de la joie ! Et on finit notre film. Puis on va se coucher.

Les contractions ne sont pas douloureuses, autant que des menstruations, mais me semblent tout de même rapprochées. Je décide de les chronométrer avec une application, Nonoo lui, essaie de dormir à mes côtés. Elles ont lieu toutes les 10-15 min. Je n’ai aucun problème à me reposer entre chaque. Parfois, j’ai des phases de sommeil un peu plus longues, de 1 ou 2h. Au milieu de la nuit, Nonoo me demande s’il peut monter dormir dans la mezzanine car il a le sommeil trop fragile. Je lui dis bien sûr, repose-toi avant demain, ce n’est pas pour cette nuit, mais demain c’est sûr !

Je ne me souviens plus trop de ce qu’on a fait le vendredi… J’ai continué plus ou moins régulièrement à chronométrer mes contractions, car j’avais peur de louper le bon moment pour prévenir nos sages-femmes. En fonction de qui était de garde, l’une était à 40 min et l’autre à 5 min. Finalement, on a appelé dans la matinée pour prévenir que le travail avait commencé, et que ça serait sûrement pour cette nuit ! J’étais trop contente d’entendre la voix de Marie au téléphone, parce qu’on avait fait le chant prénatal avec elle et que je savais qu’elle viendrait avec son tambour ! Toute la journée, j’ai fait avec les contractions, elles étaient largement supportables, entre 7 et 9min d’intervalle. On a fini notre série, parfait, pile dans les temps !

Je crois que vers 16h, j’ai commencé à avoir besoin de plus de concentration pour accueillir mes contractions, je suis donc allée dans la chambre, sur le ballon, en fermant les volets et en allumant juste un petit luminaire d’appoint. Je m’étirais le haut du corps sur la table à langer qui était pile à hauteur, tout en ondulant du bassin sur le ballon. A chaque contraction, je te parlais, et t’invitais à descendre, à appuyer sur mon col pour le faire s’ouvrir et éclore comme une fleur. La visualisation m’a beaucoup aidée !

Aux alentours de 18h, j’ai vraiment mal… J’ai l’impression que ça prend des plombes, je sens bien que je ne suis pas encore vraiment dans mon vortex, et pourtant, ça fait bientôt 24h que les premières contractions ont commencé ! Je commence à en avoir marre, et puis c’est douloureux. Je me mets à pleurer. Je n’ai pas trop conscience de ce que fait Nonoo depuis que je suis partie dans la chambre, mais je sais qu’il est là. Il vient vérifier si tout va bien, de temps en temps. Mais je suis bien, seule avec toi. Je pleure, un mélange d’impatience, de douleur, et de fatigue sûrement. Je te parle, je te dis qu’on fait un deal, que tout va bien se passer, que tu vas naître à la maison comme prévu, et que je vais t’accompagner chaque instant dans ton parcours d’aventure. Mais que pour ça, pour que je reste forte, il faut que tu m’aides, il faut que tu descendes, que tu viennes à nous. Qu’on forme une super équipe toutes les deux (oui, je suis persuadée que tu es une fille, même si ton papa jure que tu es un garçon), et qu’on va y arriver, mais que là, c’est parti, faut lancer le travail ! On fait le pacte de s’entraider jusqu’au bout, d’avancer main dans la main pour cet enfantement. Je me dis que je tiens jusqu’à 19h et qu’ensuite je demanderais à Nonoo d’appeler Marie pour lui demander de venir, je sens qu’on va entrer dans la phase plus ardue du travail. Il doit m’entendre pleurer je ne sais plus trop, mais vers 19h il appelle. J’entends Marie lui poser des questions sur mon état de conscience, la fréquence des contractions… Nonoo vient me voir, il est en haut-parleur et je réponds à Marie. C’est dur, mais je gère encore. Je sais qu’à un moment, il va falloir que j’arrête de « gérer » à proprement dit, et que je me laisse vraiment aller dans le vortex, mais je n’y suis pas prête encore. Marie nous dit qu’elle mange et qu’elle viendra vers 21h. Qu’en attendant le peux prendre un bain pour me relaxer. J’attendais son feu vert pour le bain car j’avais peur d’y aller trop tôt, ma mère m’avait raconté que quand elle a accouché de moi, elle avait pris un bain au début du travail et ça avait coupé les contractions et retardé le travail. Moi je voulais être sûre que ça soit bien lancé, pas de faux départ ! Nonoo me fait couler un bain, j’espère qu’il va le faire bien chaud car lui il préfère toujours moins chaud que moi. Quelques temps après il m’appelle pour me dire que c’est prêt. Il avait recouvert le velux d’un drap sombre car il faisait encore jour, et il avait préparé plein de petites bougies autour de la baignoire. L’ambiance était parfaite. Je me déshabille et mets les deux pieds dans la baignoire et là … Aïe aïe aïe c’est brûlant !!!! Je me mets à vaciller d’un pied sur l’autre, mais n’arrive pas à ressortir tout de suite de la baignoire, mais c’est beaucoup trop chaud, il faut que je ressorte !! Il m’aide tant bien que mal à m’extirper. On rigole à propos de cette boulette, moi qui aime les bains très chauds ! Il ajuste la température de l’eau, et je peux enfin m’immerger.

Ça fait beaucoup de bien, je me laisse aller, je sens que tu bouges un peu. Je ne veux plus être sur mon portable et compter les contractions, mais je veux quand même surveiller l’évolution alors je demande à Nonoo de le faire pour moi. Il reste à côté, sur un tabouret, il me tient la main, que je serre à chaque début de contraction et caresse à chaque fin. On commence à vocaliser tous les deux, ce qu’on avait pratiqué en chant prénatal avec Marie, ça me fait du bien, ça m’occupe l’esprit et le concentre sur une tâche. A chaque son grave, à chaque contraction, je t’imagine toujours plus près de la sortie de mon corps, de l’entrée dans le monde, je t’accompagne dans ton chemin. Je ne sais pas combien de temps je reste dans ce bain, mais je sais que quand j’ai envie d’en sortir, il est tiède-froid, mais je n’ai pas froid. Je me dis que je vais sortir avant que Marie n’arrive car j’ai envie d’être dans la chambre pour accoucher. On entend Marie sonner à ce moment-là, Nonoo va ouvrir et moi je sors tranquillement du bain. Je suis trop contente de la voir, même si elle a le masque et qu’on ne peut pas se serrer dans les bras, que ça fait un peu impersonnel. Nonoo et Marie me raccompagnent dans la chambre où je reprends place sur le ballon, avachie sur la table à langer. On chante tous les trois ensembles, nos voix se confondent, c’est joli … Je commence à me laisser aller dans mon vortex … Je ne sais pas trop combien de temps passe mais je commence à me sentir inconfortable sur le ballon, je crois que je dis à voix haute que j’ai mal, je geins un peu. Marie me propose d’aller m’installer sur le lit. J’accueille cela avec plaisir. Je vais me mettre à quatre pattes sur le lit, je ne sais plus trop dans quel ordre tout se passe mais Nonoo et Marie préparent le cocon : alèses jetables, pile d’oreillers devant moi pour me reposer entre chaque contraction.

Marie me demande si j’ai envie qu’elle sorte son tambour. Oh oui ! J’ai trop envie, à chaque fois ça me fait beaucoup d’effet. Elle commence alors à accompagner chaque contraction avec un rythme rapide, soutenu, grave, hypnotique. A chaque temps de repos entre chacune, le son du tambour se fait presque imperceptible, doux, et chaleureux. Comme je m’y attendais, alors, je plonge véritablement corps et âme dans mon vortex, guidée par le son du tambour. Je ne me souviens plus de rien à partir de ce moment, combien de temps ça a duré, quelles sensations…

A chaque contraction Nonoo, à ma droite, appuyait en bas de mon dos, sur le haut des fesses, je crois que ça s’appelle le sacrum. Ça me faisait beaucoup de bien. Je me sentais enveloppée de sa présence, de son amour. Je suis sûre que toi aussi tu le sentais. Marie, à ma gauche, jouait du tambour, et c’est tout ce dont j’avais besoin.

Je sens que ça pousse dur, je sens que quelque chose appuie contre ma vulve, dans mon vagin. Je me dis que c’est toi qui es déjà là, super ! Je le dis à haute voix : « C’est bizarre je sens quelque chose qui arrive, c’est peut-être la tête ? ». Marie me dit de toucher si je veux pour voir. Du bout des doigts, je sens quelque chose de mou mais tendu, un peu visqueux, souple et étonnamment lisse. Je ne comprends pas trop, on ne dirait pas la tête. J’avais un peu oublié que je n’avais toujours pas perdu les eaux… J’ai mal, j’ai mal, je crois que je pleure un peu, je pousse car je veux faire sortir cette chose. Quelques minutes après, plaf !! Comme un ballon qui éclate et répand un liquide sombre sur les alèses. Ça m’a fait mal à la poussée mais ça m’a soulagée en même temps car j’ai moins mal maintenant. Instantanément j’ai un peu peur, on dirait du sang partout, dans la pénombre.

J’apprendrais plus tard que le liquide amniotique était mélangé avec du méconium. Marie me dit « C’est super ce que tu fais Dunvel, continue comme ça, bébé approche, c’est super ! ». Je me dis alors que c’est bon, rien d’inquiétant. Mais cette rupture de la poche des eaux m’a déconnectée de mon vortex, je suis sortie de ma bulle et j’ai du mal à y retourner. Je me dis que le pire reste à venir en termes de douleurs et contractions, or cette rupture m’a déjà bien fait souffrir. Je m’entends alors dire à voix haute « Je n’y arriverai jamais, sa tête ne passera pas … » tout en sachant très bien au fond de moi que ça-y-est, la phase de désespérance, j’étais en plein dedans. Quelques minutes après, grâce à quelques encouragements et mots d’amour, et surtout au tambour (<3), me revoilà entrain de gravir la spirale du vortex.

Depuis l’arrivée de Marie, nous n’avons pas un instant cessé de chanter. Mais depuis la rupture de la poche des eaux, mes « aaahhh » graves sont devenus de moins en moins posés, de moins en moins contrôlés. A la fin de la contraction, ils grimpent vers un registre médium, ma voix oscille, dérape, se laisse aller à la douleur. Au fur et à mesure, je m’entends me mettre à geindre, à crier, ce sont des cris d’appels qui te sont destinés mon bébé. Je me souviens qu’à ce moment je m’aperçois que la porte de la chambre est restée ouverte et que, comme d’habitude la porte d’entrée pas loin doit être mal fermée (elle s’ouvre toute seule), et que du coup je ne dois pas être très discrète… Heureusement on avait prévenu les voisins d’en dessous que j’accouchais à la maison.

J’entends Nonoo qui demande l’heure, amusé. Marie lui répond qu’il est 23h58. Tu fais donc exactement comme ton tonton, mon petit frère de 11 ans qui a attendu 12h après son déclenchement bien après terme, tout ça pour naître à 00h30 le même jour que notre grand-père ! Le tiens, le père de Nonoo, est effectivement du 21 mars, et contrairement à ce qu’on pensait, tu ne naîtras pas le vendredi 20 ! Marie me propose de rentrer mes genoux vers l’intérieur, un peu en position « chasse-neige ». Je ne comprends pas trop à quoi ça sert, j’ai l’impression qu’il faut au contraire que j’écarte le plus possible les jambes pour que tu sortes. Mais je fais quand même ce qu’elle dit, et là, je sens qu’effectivement, tu descends plus bas encore dans mon bassin. Tu es presque là ! Voici les dernières poussées, je ne comprends pas trop ce qu’il se passe, je donne tout ce que j’ai pour pousser pendant les contractions, mais pas trop non plus pour éviter la déchirure (c’est ce que j’avais lu dans les livres). J’ai l’impression que je ne suis pas très efficace, pourtant, au bout de deux ou trois je sens ta tête qui passe ma vulve, c’est incroyable, ça passe en fait !!! Je ne contrôle pas grand-chose, je les entends qui m’encouragent, Nonoo qui s’extasie, Marie qui me dit que c’est super ce que je fais. Je prends ma pause à la fin de la contraction, et toi aussi. Je sais qu’il va falloir que je donne tout à la prochaine pour que tu sortes, après c’est fini. La vague arrive, je pousse, je sens que tu n’avances pas, Marie me demande si elle peut passer juste un doigt pour dégager l’épaule. Ok. Et là, pfiout ! Tu glisses tout d’un coup comme une anguille, si brusquement hors de moi, que personne n’a le temps de te réceptionner et tu tombes sur l’alèse, entre mes jambes. Alors je ris. Je ne sais pas trop qui te prend entre mes cuisses, je crois que c’est Nonoo. Puis on te repose devant moi, sur le lit. Je ris, en te regardant béatement, je regarde ton père, je te re-regarde, et je ris, un rire de soulagement et d’excitation, un peu comme un rire après un orgasme, mais avec un peu de larmes aussi. Je n’ose pas te toucher, je te regarde, tu cries, tu as la peau sombre et pourtant tu es propre, sans vernix, très peu de sang. Je ne sens plus le bas de mon corps, je suis toutes engourdie, j’ai du mal à me déplacer pour me mettre sur le dos et enfin t’accueillir dans mes bras. Je me sens vidée et cotonneuse.

Je demande à Nonoo « Alors, c’est une fille ou un garçon ? » il me dit « Je ne sais pas trop, une fille je crois, j’ai senti des petits seins ». Je rigole et me fiche de lui « Mais enfin ça n’a pas de sein à cet âge, il a un kiki ou une bistouchnette ? » et Marie qui rigole et qui vérifie avec nous « C’est une fille ! ». Je suis trop fière « Haha tu vois je te l’avais dit !! » ! Nonoo est ravi, il sourit comme un enfant. Il a des gestes un peu timides avec toi, tu es si petite et fragile. Marie revient et nous dit que tu es née à 00h12. Tu es enfin là, tout contre moi, contre mon sein, que tu ne tétouilles pas trop. Je n’ai plus du tout de contractions. Marie s’est éclipsée remplir des papiers, nous sommes tous les trois. Elle revient voir si le placenta est sorti. Oups, j’avais oublié qu’il restait ça ! Vu que je ne contracte pas, elle me propose de pousser un peu. Rien. Elle masse doucement, c’est assez désagréable. Elle tire doucement sur le cordon qui est toujours relié avec toi. Ça semble bien accroché … J’ai envie de faire pipi mais je n’ose pas bouger. Je crois que ça retient le placenta du coup car je contracte pour me retenir. Nonoo et Marie mettent des alèses sous moi et je fais pipi. Il y en a plein, on a du mal à tout contenir avec les alèses ! Ça me détend instantanément ! Mais le placenta ne vient toujours pas. Marie me propose d’appeler ma mère, ça peut permettre de débloquer. Je me souviens qu’il est environ 3h45 quand je fais le numéro de la maison. Au deuxième appel mes parents décrochent, tous les deux. Je leur annonce ta naissance Mona, je les entends émus. Mais toujours pas de placenta. J’ai à nouveau envie de faire pipi. Je demande à ce que Nonoo coupe le cordon pour que je puisse aller aux toilettes seule, il a fini de battre depuis longtemps maintenant. Je me dis qu’en me verticalisant ça décrochera le placenta. Et bien non. Par contre ça brûûûûûûle quand je fais pipi ! Marie vérifiera, j’ai une petite éraillure. Le temps passe, le placenta n’arrive pas. Je commence à en avoir marre. Toi tu es depuis quelques heures en peau à peau dans le lit sur ton papa, tu dors paisiblement. Marie ne veut pas nous faire peur mais elle me dit que si le placenta ne sort pas bientôt, on va devoir se rendre à la maternité (elle nous le dira après pour ne pas nous stresser mais on avait déjà attendu bien trop longtemps et elle était assez inquiète pour elle si on devait se rendre à l’hôpital), c’est bête, tout s’est si bien passé ! Je ne veux pas y aller, surtout pas ! Je me dis allez, dernière chance, je vais me doucher, de toutes manières je veux être propre si on bouge.

L’eau chaude me fait du bien, je pousse un peu même si c’est désagréable, et hop, je sens le placenta qui se décroche dans mon ventre, il pèse lourd sur mon pubis ! J’appelle Marie, le cordon me semble bien plus long, il touche terre, et Marie me dit qu’elle aperçoit une membrane. Elle me demande si elle peut tirer sur le cordon, j’acquiesce, accroupie. Elle tire et je sens vraiment comme une délivrance, d’ailleurs je crie un « ouiiiiii » victorieux en même temps, et le placenta tombe enfin dans la douche, entier. Il est 6h50. Marie rigole en nous disant que finalement elle sera restée plus longtemps pour mon placenta (7h) que pour Mona (6h) ! Avec du recul, j’interprète le fait que ça ait duré si longtemps comme étant le temps qu’il fallait à mon corps pour donner de la place et de l’importance à ma première grossesse qui n’a pas abouti.

On ne retient pas Marie plus longtemps, après mille mercis, elle part se reposer et nous demeurons tous les trois, à te contempler et t’admirer dans la chaleur de notre lit et la pénombre de notre chambre, tandis que le premier jour du printemps se lève au dehors

Rédigé par

Ele

Diplomée d'un MSc en développement mondial décerné par l'Université de Copenhague, féministe, engagée dans la lutte contre les inégalités, traductrice freelance et rédactrice de contenu Web, copywriter, jeune maman d'un bébé franco-bolivien,